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LIVRE XXXV.
Mai 1809.
Napoléon quittele champ de ba-taille à la chutedu jour, pouraller préparer laretraite dans l’îlede Lohau.
Spectacle queprésentaient lesabords du petitpont qui condui-sait à l’ile deLobau.
yeux Plie de Lobau, d’y choisir le meilleur emplacement pourl’armée, d’y faire en un mot toutes les dispositions de retraite.Certain de la possession d’Essling que les débris de la divi-sion Boudet et les fusiliers occupaient, il fit demander à Mas-séna s’il pouvait compter sur la possession d’Aspern, car tantque ces deux points d’appui nous restaient, la retraite del’armée était assurée. L’officier d’état-major César de Laville,envoyé à Masséna, le trouva assis sur des décombres, harasséde fatigue, les yeux enflammés, mais toujours plein de lamême énergie. Il lui transmit son message, et Masséna, selevant, lui répondit avec un accent extraordinaire : Allez direà l’Empereur que je tiendrai deux heures, six, vingt-quatre,s’il le faut, tant que cela sera nécessaire au salut de l’armée. —Napoléon, tranquillisé pour ces deux points, se dirigeasur-le-champ vers l’ile de Lobau, en faisant dire à Masséna,à Bessières, à Berthier, de le venir joindre, dès qu’ils pour-raient quitter le poste confié à leur garde, afin de concerterla retraite qui devait s’opérer dans la nuit. Il courut au petitbras, lequel coulait entre la rive gauche et l’ile de Lobau. Cepetit bras était devenu lui-même une grande rivière, et desmoulins lancés par l’ennemi avaient plusieurs fois mis en pé-ril le pont qui servait à le traverser. L’aspect de ses bordsavait de quoi navrer le cœur. De longues files de blessés, lesuns se traînant comme ils pouvaient, les autres placés surles bras des soldats, ou déposés à terre en attendant qu’onles transportât dans l’ile de Lobau, des cavaliers démontésjetant leurs cuirasses pour marcher plus aisément, une foulede chevaux blessés se portant instinctivement vers le fleuvepour se désaltérer dans ses eaux, et s’embarrassant dans lescordages du pont jusqu’à devenir un danger, des centainesde voitures d’artillerie à moitié brisées, une indicible confu-sion et de douloureux gémissements, telle était la scène quis’offrait, et qui saisit Napoléon. Il descendit de cheval, pritde l’eau dans ses mains pour se rafraîchir le visage, et puis