WAGRAM.
265
quinze mille blessés, enfin l’honneur des armes. A peine unetelle pensée s’était-elle laissée entrevoir que Napoléon, pre-nant la parole avec l’autorité qui lui appartenait, et avec laconfiance non pas feinte, mais sincère, que lui inspirait l’é-tendue de ses ressources, exposa ainsi la situation. La jour-née avait été rude, disait-il, mais elle ne pouvait pas êtreconsidérée comme une défaite, puisqu’on avait conservé lechamp de bataille, et c’était une merveille de se retirer sainset saufs après une pareille lutte, soutenue avec un immensefleuve à dos, et avec ses ponts détruits. Quant aux blesséset aux morts, la perte était grande, plus grande qu’aucunede celles que nous avions essuyées dans nos longues guerres,mais celle de l’ennemi avait dù être d’un tiers plus forte ; onpouvait donc être certain, assurait Napoléon, que les Autri-chiens se tiendraient tranquilles pour long-temps, et qu’onaurait le loisir de rallier l’armée d’Italie qui arrivait victo-rieuse à travers la Styrie, de ramener dans les rangs les troisquarts des blessés, de tirer de France les nombreux renfortsqui étaient en marche, d’établir sur le Danube des ponts decharpente aussi solides que des ponts de pierre, et qui fe-raient du passage du fleuve une opération ordinaire. Napo-léon ajoutait qu’après tout, lorsque les blessés seraient ren-trés dans les rangs, ce ne seraient que dix mille hommes demoins de notre côté, pour quinze mille du côté de l’adversaire,et deux mois de plus dans la durée de la campagne; qu’àcinq cents lieues de Paris, soutenant une grande guerre ausein d’une monarchie conquise, au milieu même de sa capi-tale , un accident de cette espèce n’avait rien qui dût étonnerdes gens de courage, rien que de très-naturel, rien mêmeque d’heureux, si on songeait aux difficultés de l’entreprise,qui consistait à passer devant une armée ennemie le plusgrand fleuve de l’Europe, pour aller livrer bataille”au delà. Ilne fallait donc, suivant lui, ni s’alarmer, ni se décourager.11 y avait un mouvement rétrograde qui était convenable et
Mai 1809.
Opinion expri-mée par Napo-léon dans leconseil assem-blé au bord duDanube.