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[Vol. 6.]
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LIVRE XXXV.

Mai 1*9. nécessaire, c’était de repasser le petit bras du Danube, pourse renfermer dans l’ile de Lobau, pour y attendre l’abaisse-ment des eaux et le rétablissement des ponts sur le grandbras; mouvement facile, qui se ferait la nuit, sans inconvé-nient, sans perdre ni un blessé, ni un cheval, ni un canon,sans perdre surtout l’honneur des armes. Mais il y avait unautre mouvement rétrograde à la fois déshonorant et désas-treux, ce serait de repasser non-seulement le petit bras, maisle grand, en repassant celui-ci tant bien que mal, avec desbarques qui ne pourraient transporter que les hommes vali-des, sans un canon, ni un cheval, ni un blessé, en renonçantsurtout à Me de Lobau, qui était une conquête précieuse, etle vrai terrain d’un passage ultérieur. Si on agissait de lasorte, si au lieu de soixante mille qu’on était au départ onrepassait au nombre de quarante mille, sans artillerie, sanschevaux, abondonnant au moins dix mille blessés capables deservir dans un mois, on ferait bien en revenant de ne pas semontrer aux Viennois, qui accableraient de mépris leurs vain-queurs, et appelleraient bientôt l’archiduc Charles pour chas-ser les Français d’une capitale où ils n’étaient plus dignes derester. Et dans ce cas ce n’était pas à une retraite sur Vienne,mais à une retraite sur Strasbourg qu’il fallait se préparer.Le prince Eugène, en marche sur Vienne, y trouverait l’en-nemi, au lieu de l’armée française, et périrait dans ce coupe-gorge; les alliés effrayés, devenus traîtres par faiblesse, seretourneraient contre nous; la fortune de l’Empire serait ané-antie, et la grandeur de la France détruite en quelques semai-nes. En un mot Napoléon prévit, annonça avec précision,comme devant se réaliser sous quinze jours, tout ce que sapolitique lui a valu cinq ans plus tard si-au lieu de se retirerfièrement dans la Lobau, on avait la faiblesse de traverserprécipitamment le grand Danube, laissant à l’autre bord sescamarades blessés, son matériel, son honneur. Pour agird’ailleurs comme il le conseillait, il ne fallait que peu d’efforts.