Band 
[Vol. 6.]
Seite
226
JPEG-Download
 

226

LIVRE XXXVII.

Octob. 1609 . à Varsovie, à Madrid qu’à Paris. Une foule immense de cu-rieux, sortie de la capitale, assistait à cet imposant spectacle,pressée de voir son vainqueur, qu'elle admirait en le détes-tant. D’ailleurs la paix était annoncée comme certaine, etune sorte de joie commençait à succéder à la juste douleurde la nation autrichienne. Napoléon assistait tranquille et sou-riant au défilé de ses troupes, lorsqu’un jeune homme revêtud’une grande redingote, comme aurait pu l’être un ancienmilitaire, se présenta, disant qu’il voulait remettre une péti-tion à l’empereur des Français. On le repoussa. Il revint avecune obstination qui fut remarquée par le prince Berthier etl’aide de camp Rapp, et attira tellement leur attention qu’onle livra aux gendarmes d’élite chargés de la police des quar-tiers généraux. Un officier de ces gendarmes ayant senti ensaisissant ce jeune homme un corps dur sous sa redingote,le fouilla, et lui trouva un couteau fort long, fort tranchant,et destiné visiblement à un crime. Le jeune homme, avec lecalme résolu d’un fanatique, déclara qu’en se plaçant ainsiarmé sur les pas de l’empereur Napoléon il avait en effet leprojet de le frapper. On en avertit Napoléon, qui, après larevue, voulut voir et interroger son assassin. Il le fit amenerdevant lui, et le questionna en présence de Corvisart, qu’ilavait mandé à Schœnbrunn, parce qu’il aimait les entretiensde ce médecin célèbre, et qu’il désirait le consulter sur sasanté, quoiqu’elle fût généralement bonne.

Le jeune homme arrêté, dont la figure était douce et mêmeassez belle, dont l’œil ardent décelait une Ame exaltée, étaitfils d’un ministre protestant d’Erfurt, et se nommait Staaps. Ils’était enfui avec quelque argent de chez ses parents, leurlaissant entrevoir qu’il nourrissait un grand dessein, et lesdésolant par sa fuite et ses projets, qu’ils redoutaient sanstrop les connaître. Il allait, disait-il, délivrer l’Europe duconquérant qui la bouleversait, et surtout affranchir sa patrie.C’était une mission divine qu’il prétendait avoir reçue, et à