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LIVRE XXXVII.
Octob. 1809.
Entrevue de Na-poléon avec Josephine, et in-quiétudes decelle-ci.
Spectacle de lacour à Fontaine-bleau.
héritier obtenu, l’Empire, suivant lui, serait fondé définitive-ment. Le vieux conseiller du Premier Consul, confondu dela hauteur de son maître , se soumit en silence , dédommagédu reste par une bienveillance infinie, de l’inflexibilité des vo-lontés qu’il avait essayé de combattre *. II fut convenu qu’onse tairait jusqu’à l’arrivée du prince Eugène.
L’infortunée Joséphine n’arriva que dans l’après-midi à Fon-tainebleau, déjà tout alarmée de n’avoir pas été reçue la pre-mière. Napoléon l’accueillit avec affection, mais avec l’em-barras du pesant secret qu’il n’osait dire. Cette princessequi, sans avoir de l’esprit, avait un tact infini et la pénétrationde l’intérêt personnel, se sentit pour ainsi dire frappée à mort.Entendant de toutes parts la foule des adulateurs , plus em-pressée à flatter à mesure que l’opinion commençait à blâmer,répéter qu’il fallait consolider l’Empire, voyant toutes chosestendre à ce qu’on appelait la stabilité, elle se remit à répandreles larmes qu’elle avait versées tant de fois, lorsque son tristeavenir lui avait apparu. Sa fille, devenue reine de Hollande,malheureuse par les sombres défiances de son époux, séparéede lui, était accourue auprès de'sa mère pour la consoler, et,en la trouvant si désolée, elle finissait presque par désirerpour elle l’explication, quelle qu’elle fût, de ce secret funeste.Une foule nombreuse remplissait Fontainebleau, et plus cettefoule avait été alarmée des événements d’Espagne , de la ba-taille d’Essling, plus elle affectait de proclamer invincible ce-lui qu’elle avait cru si près d’être vaincu. A l’entendre,
1 Voici comment le prince Cambacérès exprime ce (pie lui fit éprouvercette conversation: «Nous fûmes seuls pendant plusieurs heures. L’Em-pereur l'avait voulu ainsi, afin de m’entretenir à loisir d’une foule d’ob-jets. .. Pendant cet entretien Napoléon me parut préoccupé de sa gran-deur; il avait l'air de se promener au milieu de sa gloire. Ce qu’il ditavait un caractère de hauteur qui me fit craindre de ne plus obtenir delni aucun de ces ménagements délicats, dont il avait lui-même reconnu lanécessité pour conduire un peuple libre, ou qui veut paraître tel. »