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LIVRE XXXVII.
Janv. 1810 .
Au milieu desopinions contrai-res qui se mani-festent autour delui, Napoléon estincertain , et at-tend avec impa-tience des répon-ses de Russie.
Conseil desgrands de l'Em-pire, assemblépour discuter lechoix d’uneépousé.
sagacité politique lui faisait entrevoir que celle des deux puis-sances dont l’alliance serait écartée deviendrait bientôt uneennemie; que si c’était l’Autriche il n’y aurait à cela rien denouveau ni de bien redoutable; que si c’était la Russie, lachose serait plus grave, car quoiqu’on eût trouvé deux fois lechemin devienne, on n’avait pas encore trouvé celui de Saint-Pétersbourg. Mais, chose singulière, il fallait déjà du couragepour conseiller à Napoléon le mariage russe, tant un secretinstinct apprenait à tous que le mariage avec une archidu-chesse était celui qui devait flatter le plus l’amour-propre d’unempereur qui n’était pas légitime (suivant la langue de ceuxauxquels il voulait ressembler), et qui tenait à le devenir au-trement encore que par la gloire.
Cependant au milieu de ces opinions contraires Napoléon étaitincertain. On devinait véritablement ses secrètes faiblesses,quand on croyait que la fille des Césars était celle qui flatte-rait le plus sa vanité , parce qu’elle rapprocherait le plus dela situation d’un Bourbon. Mais sa prévoyance, que ses fai-blesses ne pouvaient pas obscurcir; lui faisait sentir, bien queles armées autrichiennes se fussent vaillamment conduitesdans la dernière guerre, que se brouiller avec la Russie étaitbeaucoup plus grave que de rester brouillé avec l’Autriche,et que la guerre avec l’une était une affaire plus périlleuseque la guerre avec l’autre. 11 désirait donc l’alliance avec lesRomanoff, bien que moins conforme à ses idées aristocrati-ques; mais les retards qu’on mettait à lui répondre lui inspi-raient une humeur qu’il avait peine à contenir, et qui pou-vait à tout moment amener une détermination brusque etimprévue.
Dans cet état d’incertitude d’esprit, il provoqua aux Tuile-ries un conseil privé , pour entendre l’avis de tout le monde,désirant presque , lui qui était en général si résolu, trouverdans l’opinion d’autrui des raisons de se décider.
Le conseil fut subitement convoqué un dimanche, 21 janvier,