Band 
[Vol. 6.]
Seite
284
JPEG-Download
 

284

LIVRE XXXVII.

Juillet 1809. avec la cour d’Autriche. Il parla sur ce sujet en ancien am-bassadeur de France à Vienne.

Après ce rapport il y eut un grand silence, personne n’o-sant parler le premier, et chacun attendant, pour ouvrir 'labouche, une invitation de l’Empereur. Napoléon se mit alorsà recueillir les voix , en commençant par la gauche, c’est-à-dire par le côté où allaient être exprimés les avis les moinssérieux , bien que M. de Talleyrand s’y trouvât. Il se réser-vait les avis les plus graves pour les derniers. L’architréso-rier Lebrun, vieux royaliste, resté tel à la cour impérialequoique très-dévoué à l’Empire, sortit d’une sorte de somno-lence, qui lui était habituelle, pour émettre une opinion qui nemanquait pas de sens. Je suis pour la princesse saxonne, dit-il , cette princesse ne nous engage dans la politique de per-sonne, ne nous brouille avec personne, et de plus est de bonnerace. L’architrésorier n’en dit pas davantage. Le princeEugène, parlant après le prince Lebrun, reproduisit en ter-mes simples et modestes les raisons que donnaient les parti-sans de la politique autrichienne, et qui furent répétées avecplus de force, quoique avec une concision sentencieuse , parM. de Talleyrand. Celui-ci était, après l’archichancelier, lejuge le plus compétant en pareille matière. Il dit que letemps d’assurer la stabilité de l’Empire était venu, que lesalliances avec les cours du Nord avaient un caractère de poli-tique ambitieuse et changeante, que ce qu’on voulait c’étaitune alliance qui permît de lutter avec l’Angleterre , que l’al-liance de 1756 était là pour apprendre qu’on n’avait trouvéque dans l’intimité avec l’Autriche la sécurité continentale né-cessaire à un grand déploiement de forces maritimes ; qu’enfin,époux d’une archiduchesse d’Autriche, chef du nouvel Em-pire , on n’aurait rien à envier aux Bourbons. Le diplomategrand seigneur, parlant avec une finesse et une brièveté dé-daigneuse, s’exprima comme aurait pu le faire la noblessefrançaise, si elle avait eu à émettre un avis sur le mariage de