SUR T AL A VER A.
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«L’artillerie espagnole, autant que je l'ai vue, est entièrement irré-prochable, et l’artillerie portugaise excellente.
«Quant au grand corps de toutes les armées, je veux dire l’infante-rie, il est déplorable de dire combien celle des Espagnols est mauvaiseet combien elle est loin de pouvoir lutter avec celle des Français. Elleest, je crois , bien armée ; mais elle est mal équipée, n’ayant pas lesmoyens de protéger ses munitions contre la pluie; quelquefois elle n'estpas vêtue du tout, d’autrefois elle est habillée de manière à avoir l'as-pect des paysans, ce qni doit être évité par-dessus tout; et sa disciplineme semble se borner à savoir se ranger sur trois rangs dans un ordretrès-serré, et à l'exercice manuel.
Il est impossible de compter sur ces troupes pour aucune opération ; ondit que quelquefois elles se comportent bien ; mais j’avoue que je ne lesai vues se comporter autrement que mal. Le corps de Bassecourt, quiétait réputé le meilleur dans l’armée de Cuesta , et qui se battait surnotre gauche dans les montagnes à la bataille de Talavera, fut tenu enéchec durant toute la journée par un bataillon français ; ce corps, depuislors, s’est enfui du pont d’Arzobispo abandonnant ses canons et un grandnombre d’hommes , jetant sur la route leurs armes , leur équipement etleurs vêtemeets, suivant l'habitude des Espagnols ; une circonstance sin-gulière dans cette affaire d’Arzobispo (où Soult écrit que les Françaisont pris trente pièces de canon) , c’est que les Espagnols se sauvèrentavec une telle précipitation qu’ils laissèrent leurs canons chargés et sansles enclouer, et que les Français, bien qu’ils eussent chassé les Espa-gnols du pont, ne les estimèrent pas assez forts pour les poursuivre; et lecolonel Waters, que j’envoyai en parlementaire le 10 , pour nos blessés,trouva les canons sur la route, abandonnés par un parti, sans quel’autre en eût pris possession, sans qu’il en eût même probablement con-naissance.
» Cette pratique de s’enfuir en jetant armes, bagages et vêtements, estfatale en tout point, sauf qu’elle permet de rassembler de nouveau lesmêmes bommes dans l'état de nature , lesquels commencent absolumentla même manœuvre à la première occasion qui leur en est offerte. Prèsde deux mille hommes s'enfuirent, dans la soirée du 27, de la bataillede Talavera (ils n'étaient pas à 100 toises de la place où je me tenais)sans être ni attaqués, ni menacés d’être attaqués, et qui furent effrayésuniquement par le bruit de leurs propres feux; ils laissèrent leurs armeset leurs équipements sur le terrain ; leurs officiers allèrent avec eux ; cefurent eux et la cavalerie fugitive qui pillèrent les bagages de l’arméeanglaise qui avaient été envoyés sur les derrières. Beaucoup d'autress’enfuirent que je ne ne vis point.
«Rien ne peut être pire que les officiers de l’armée espagnole; et ilest extraordinaire que, lorsqu’une nation s’est vouée à la guerre commel’a fait celle-ci par toutes les mesures qu’elle a adoptées dans le coursde ces deux dernières années, il ait été fait aussi peu de progrès par