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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

Mille fois, durant mon apprentissage et depuis, je suis sorti dansle dessein d’acheter quelque friandise. J’approche de la boutiqued’un pâtissier, j’aperçois des femmes au comptoir; je crois déjàles voir rire et se moquer entre elles du petit gourmand. Je passedevant une fruitière; je lorgne du coin de l’œil de belles poires,leur parfum me tente; deux ou trois jeunes gens tout près de làme regardent; un homme qui me connoît est devant sa boutique ;je vois de loin venir une fille : n’est-ce point la servante de lamaison? Ma vue courte me fait mille illusions. Je prends tous ceuxqui passent pour des gens de ma connoissance ; partout je suis inti-midé, retenu par quelque obstacle ; mon désir croit avec ma honte,et je rentre enfin comme un sot, dévoré de convoitise, ayant dansmà poche de quoi la satisfaire, et n’ayant osé rien acheter.

J’entrerois dans les plus insipides détails, si je suivois dans l'em-ploi de mon argent, soit par moi, soit par d’autres, l’embarras,lahonte, larépugnance, les inconvénients, les dégoûts de touteespèce que j’ai toujours éprouvés. A mesure qu’avançant dansma vie le lecteur prendra connoissance démon humeur, il sentiratout cela sans que je m’appesantisse à le lui dire.

Cela compris, on comprendra sans peine une de mes prétenduescontradictions ; celle d’allier une avarice presque sordide avec leplus grand mépris pour l’argent. C’est un meuble pour moi si peucommode, que je ne m’avise pas même de desirer celui que je n’aipas, et que quandj’en ai je le garde longtemps sans le dépenser,faute de savoir l’employer à ma fantaisie : mais l’occasion com-mode et agréable se présente-t-elle ; j’en profite si bien, que mabourse se vide avant que je m’en sois aperçu. Du reste, ne cher-chez pas en moi le tic des avares, celui de dépenser pour l’osten-tatiou; tout au contraire, je dépense en secret et pour le plaisir :loin de me faire gloire de dépenser, je m’en cache. Je sens si bienque l’argent n’est pas à mon usage, que je suis presque hon-teux d’en avoir, encore plus de m’en servir. Si j'avois eu jamaisun revenu suffisant pour vivre commodément, je n’aurois pointété tenté d’être avare, j’en suis très sûr; je dépenseroistout monrevenu sans chercher à l’augmenter : mais ma situation précaireme tient en crainte. J’adore la liberté; j’abhorre la gêne, la peine,l’assrjettissement. Tant que dure l’argent que j’ai dans mabourse,il assure mon indépendance ; il me dispense de m’intriguer pouren trmver d’autre, nécessité que j’eus toujours en horreur:maisde peur de le voir finir, je le choie. L’argent qu’on possède est