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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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donné. Marion étoit une jeune Mauriennoise dont madame deVercellis avoit fait sa cuisinière, quand, cessant de donneramanger, elle avoit renvoyé la sienne, ayant plus besoin de bonsbouillons que de ragoû's fins. Non-seulement Marion étoit jolie,mais elle avoit une fraîcheur de coloris qu’on ne trouve quedans les montagnes, et surtout un air de modestie et de douceurqui faisoit qu’on ne pouvoit la voir sans l’aimer; d’ailleurs bonnefille, sage, et d’une fidélité à toute épreuve. C'est ce qui surpritquand je la nommai. L’on n’avoit guère moins de confiance enmoi qu’en elle, et l’on jugea qu’il importoit de vérifier lequelétoit le fripon des deux. On la fit venir : l’assemblée étoit nom-breuse , le comte de La Roque y étoit. Elle arrive, on lui montrele ruban : je la charge effrontément ; elle reste interdite, se tait,me jette un regard qui auroit désarmé les démons, et auquelmon barbare cœur résiste. Elle nie enfin avec assurance, mais sansemportement, m'apostrophe, m’exhorte à rentrer en moi-même,à ne pas déshonorer une fille innocente qui ne m’a jamais fait demal ; et moi, avec une impudence infernale, je confirme ma dé-claration , et lui soutiens en face qu’elle m’a donné le ruban. Lapauvre fille se mit à pleurer, et ne me dit que ces mots : Ah!Rousseau, je vous croyois un bon caractère. Vous me rendez bienmalheureuse, mais je ne voudrois pas être à votre place. Voilàtout. Elle continua de se défendre avec autant de simplicité quede fermeté , mais sans se permettre jamais contre moi la moindreinvective. Cette modération , comparée à mouton décidé, lui fittort, il nesembloit pas naturel de supposer d’un côté une audaceaussi diabolique, et de l’autre une aussi angélique douceur. Onne parut pas se décider absolument, mais les préjugés étoientpour moi. Dans le tracas où l’on étoit, on ne se donna pas le tempsd’approfondir la chose ; et le comte de La Roque , en nous ren-voyant tous deux , se contenta de dire que la conscience du cou-pable vengeroit assez l’innocent. Sa prédiction n’a pas été vaine;elle ne cesse pas un seul jour de s’accomplir.

J'ignore ce que devint cette victime de ma calomnie ; mais iln’y a pas d’apparence qu’elle ait après ce’a trouvé facilement à seb en placer. El e emportoit une imputation cruelle à son honneurde toutes manières. Le vol n’étoit qu’une bagatelle, mais enfine’é'oitun vol, et, qui pis est, emp'oyé à séduire un jeune garçon :enfin le mensonge et l'obstination ne laissoieDt rien à espérer decelle en qui tant de vices étoient réunis. Je ne regarde pas même