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Tome premier.
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too LES CONFESSIONS,

trop rares qui replacent les choses dans leur ordre naturel, etvengent le mérite avili des outrages de la fortune. Quelques mi-nutes après, mademoiselle de Breil, levant derechef les yeux surmoi, me pria, d’un ton de voix aussi timide qu’affable, de lui don-ner à boire. On juge que je ne la fis pas attendre ; mais en appro-chant je fus saisi d’un tel tremblement, qu’ayant trop rempli leverre, je répandis une partie de l’eau sur l’assiette et même surelle. Son frère me demanda étourdiment pourquoi je tremblois sifort. Cette question ne servit pas à me rassurer, et mademoisellede Breil rougit jusqu’au blanc des yeux.

Ici fiuit le roman, où l’on remarquera, comme avec madameBasile et dans toute la suite de ma vie, que je ne suis pas heureuxdans la conclusion de mes amours. Je m’affectionnai inutilementà l'antichambre de madame de Breil : je n’obtins plus une seulemarque d’attention de la part de sa fille. Elle sortoit et entroitsans me regarder, et moi j’osois à peine jeter les yeux sur elle.J’étois même si bête et si maladroit, qu’un jour qu’elle avoit enpassant laissé tomber son gant, au lieu de m'élancer sur ce gantque j’aurois voulu couvrir de baisers, je n’osai sortir de ma place,et je laissai ramasser le gant par un gros butor de valet que j’au-rois volontiers écrasé. Pour achever de m’intimider, je m’aperçusque je n’avois pas le bonheur d’agréer à madame de Breil. Nonseulement elle ne m’ordonnoit rien, mais elle n’acceptoit jamaismon service ; et deux fois, me trouvant (a) dans son antichambre,elle me demanda d’un ton fort sec si je n’avois rien à faire. Il fallutrenoncer à cette chère antichambre. J’en eus d’abord du regret;mais les distractions vinrent à la traverse, et bientôt je n’y pen-sai plus.

J’eus de quoi me consoler du dédain de madame de Breil parles bontés de son beau-père, qui s’aperçut enfin que j’étois là. Lesoir du dîner dont j’ai parlé, il eut avec moi un entretien d’unedemi-heure, dont il parut content et dont je fus enchanté. Ce bonvieillard, quoique homme d’esprit, en avoit moins que madamede Yercellis, mais il avoit plus d’entrailles, et je réussis mieuxauprès de lui. Il me dit de m’attacher à l’abbé de Gouvon son fils,quim’avoit pris en affection ; que cette affection, si j’en profitais,pouvoit m’être utile, et me faire acquérir ce qui me manquoitpour les vues qu’on avoit sur moi. Dès le lendemain matin je vo-lai chez monsieur l’abbé. Il ne me reçut point en domestique; ilyar . Deux fois, passant avec sa fille et me trouvant...