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Tome premier.
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108
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LES CONFESSIONS.

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tendis que je eoucherois dans la maison, j’eus peine à me conte-nir, et je vis porter mon petit paquet dans la chambre qui m’étoitdestinée, à peu près comme Saint-Preux vit remiser sa chaisechez madame de Wolmar. J’eus pour surcroît le plaisir d’appren-dre que cette faveur ne seroit pas passagère ; et, dans un momentoù l’on me croyoit attentif à toute autre chose, j’entendis qu'elledisoit : On dira ce qu’on voudra ; mais puisque la Providence mele renvoie, je suis déterminée à ne pas l’abandonner.

Me voilà donc enfin établi chez elle. Cet établissement ne futpourtant pas encore celui dont je date les jours heureux de mavie, mais il servit à le préparer. Quoique cette sensibilité de cœur,qui nous fait vraiment jouir de nous, soit l’ouvrage de la nature,et peut-être un produit de l’organisation, elle a besoin de situa-tions qui la développent. Sans ces causes occasionnelles, un hommené très sensible ne sentiroit rien, et mourroit sans avoir connuson être. Tel à peu près j’avois été jusqu’alors, et tel j’auroistoujours été peut-être, si je n’avois jamais connu madame de Wa-rens, ou si, même l’ayant connue, je n’avois pas vécu assez long-temps auprès d’elle pour contracter la douce habitude des senti-ments affectueux qu’elle m’inspira. J’oserai le dire, qui ne sentque l’amour ne sent pas ce qu’il y a de plus doux dans la vie. Jeconnois un autre sentiment, moins impétueux peut-être, maisplus délicieux mille fois, qui quelquefois est joint à l’amour, etqui souvent en est séparé. Ce sentiment n’est pas non plus l’ami-tié seule ; il est plus voluptueux, plus tendre : je n’imagine pasqu’il puisse agir pour quelqu’un du même sexe; du moins je fusami si jamais homme le fut, et je ne l’éprouvai jamais près d’au-cun de mes amis. Ceci n’est pas clair, mais il le deviendra dansla suite; les sentiments ne se décrivent bien que par leurs effets.

Elle habitoit une vieille maison, mais assez grande pour avoirune belle pièce de réserve, dont elle fit sa chambre de parade,et qui fut celle où l’on me logea. Cette chambre étoit sur le pas-sage dont j’ai parlé, où se fit notre première entrevue ; et au-delàdu ruisseau et des jardins on découvroit la campagne. Cet aspectn étoit pas pour le jeune habitant une chose indifférente. C’étoitdepuis Bossey la première fois que j’avois du vert devant mes fe-nêtres. Toujours masqué par des murs, je n’avois eu sous les yeuxque des toits ou le gris des rues. Combien cette nouveauté me futsensible et douce ! elle augmenta beaucoup mes dispositions à l’at-tendrissement. Je faisois de ce charmant paysage encore un des