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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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posois en état d’aller toujours sur le même pied. J’ai retrouvé lesmêmes agréments dans sa maison par la suite ; mais, plus instruitde sa situation réelle, et voyant qu’ils anticipoient sur ses rentes,je ne les ai plus goûtés si tranquillement. La prévoyance a tou-jours gâté chez moi la jouissance. J’ai vu l’avenir à pure perte ; jen’ai jamais pu l’éviter.

Dès le premier jour, la familiarité la plus douce s’établit entrenous au même degré où elle a continué tout le reste de sa vie. Petitfut mon nom, Maman fut le sien ; et toujours nous demeurâmesPetit et Maman, même quand le nombre des années en eut pres-que effacé la différence entre nous. Je trouve que ces deux nomsrendent à merveille l’idée de notre ton, la simplicité de nos ma-nières , et surtout la relation de nos cœurs. Elle fut pour moi laplus tendre des mères, qui jamais ne chercha son plaisir, maistoujours mon bien ; et si les sens entrèrent dans mon attachementpour elle, ce n’étoit pas pour en changer la nature , mais pour lerendre seulement plus exquis, pour m’enivrer du charme d'avoirune maman jeune et jolie qu’il m’étoit délicieux de caresser : jedis caresser au pied de la lettre, car jamais elle n’imagina de m’é-pargner les baisers ni les plus tendres caresses maternelles, etjamais il n’entra dans mon cœur d’en abuser. On dira que nousavons pourtant eu à la fin des relations d’une autre espèce : j’enconviens ; mais il faut attendre, je ne puis tout dire à la fois.

Le coup d’œil de notre première entrevue fut le seul momentvraiment passionné qu’elle m’ait jamais fait sentir; encore ce mo-ment fut-il l’ouvrage de la surprise. Mes regards indiscrets n’al-loient jamais fureter sous son mouchoir, quoiqu’un embonpointmal caché dans cette place eût bien pu les y attirer. Je n’avois nitransports ni désirs auprès d'elle ; j’étois dans un calme ravissant,jouissant sans savoir de quoi. J'aurois ainsi passé ma vie et l’é-ternité même sans m’ennuyer un instant. Elle est la seule per-sonne avec qui je n’ai jamais senti cette sécheresse de conversationqui me fait un supplice du devoir de la soutenir. Nos tête-à-têteétoient moins des entretiens qu’un babil intarissable, qui pourfinir avoit besoin d’être interrompu. Loin de me faire une loi deparler, il falloit plutôt m’en faire une de me taire. A force de mé-diter ses projets, elle tomboit souvent dans la rêverie. Eh bien ! jela laissois rêver ; je me taisois, je la contemplois, et j’étois le plusheureux des hommes. J'avois encore un tic fort singulier. Sansprétendre aux faveurs du tète-à-tète, je le recherchois sans cesse.