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plusieurs années : elle me Ta dit bien des fois elle-même depuis cetemps-là. Au reste, tout ceei souffre de certaines exceptions, et j’yreviendrai dans la suite (*).
La mesure de mes talents ainsi fixée, l’état qui me convenoitainsi désigné, il ne fut plus question, pour la seconde fois, que deremplir ma vocation. La difficulté fut que je n’avois pas fait mesétudes, et que je ne savois pas même assez de latin pour êtreprêtre. Madame de Warens imagina de me faire instruire au sé-minaire pendant quelque temps. Elle en parla au supérieur. C’é-toit un lazariste appeléM. Gros, bon petit homme, à moitié borgne,maigre, grisou, le plus spirituel et le moins pédant lazariste quej'aie connu ; ce qui n’est pas beaucoup dire à la vérité.
Il venoit quelquefois chez maman, qui l’accueilloit, le earessoit,l’agaçoit même, et se faisoit quelquefois lacer par lui, emploi dontil se chargeoit assez volontiers. Tandis qu’il étoit en fonction,elle couroit par la chambre de côté et d’autre, faisoit tantôt ceci,tantôt cela. Tiré par le lacet, monsieur le supérieur suivoit engrondant, et disant à tout moment : Mais, madame, tenez-vousdonc! Cela faisoit un sujet assez pittoresque.
M. Gros se prêta de bon cœur au projet de maman. 11 se con-tenta d’une pension très modique, et se chargea de l’instruction.11 ne fut question que du consentement de l'évêque qui non seu-lement l'accorda , mais qui voulut payer la pension. Il permitaussi que je restasse en habit laïque jusqu’à ce qu’on pût juger,par un essai, du succès qu’on devoit espérer.
Quel changement ! Il fallut m’y soumettre. J'allai au séminaire
/) Nous verron» bientôt une de ccs exceptions dans le récit qu’il fera ci-après aulivre IV, lorsque, admis à 1 audience du sénat de Berne avec l’archimandrite auqueliî s’étoit attaché comme interprète, il fut obligé d‘expo?er sur-lc-champ, et sans avoirpu s’y préparer, l’objet et les motifs de sa mission. On sad d’ailleurs qu’en société,lorsque le sujet de Ja com ersation l’iotéressoit vivement, et surtout lorsqu'il se croyoitsfir des bonnes dispositions de ceux qui l’écoutoient , il parloit avec autant de facilitéque de grâce ou d’énergie, suivant la nature du sujet. Mais nul à cet égard ne lui rendun témoignage plus remarquable que Dusaulx, dans le récit d’un dîner qui eut lieuchez lui en 1771, et où Rousseau se trouvait avec d'autres personnes qu'il voyoit pourla pr» mière fois. « A quelques nuages prè3, mon Dieu, qu’il fut aimable ce jour-là I« tantôt enjoué, tantôt sublime. Avant le dîner, il nous raconta quelques unes des« plus innocentes anecdotes consignées dans ses Co7ifessions. Plusieurs d’entre nous« les connoissoient déjà ;mais il sut leur donner un** physionomie nouvelle, et plus« de mouvement encore que dans son livre. J'ose dire qu’il ne se connoissoit pas lui*« même, lorsqu'il prétendoit que la nature lui avoit refusé le talent de la parole ; la« solitude sans doute avoil concentré ce talent en lui-même ; mais dans ses moments« d'abandon, et lorsque rien ne l’offusquoit, il débondoit comme un torrent imp黫 tueux à qui rien ne résiste. » De mes rapports avec Rousseau, p. 99.