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Tome premier.
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134
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LES CONFESSIONS.

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LIVRE IV.

1731 — 1732 .

J’arrive, et je ne la trouve plus. Qu’on juge de ma surprise etde ma douleur ! C’est alors que le regret d’avoir lâchement aban-donné M. Le Maître commença de se faire sentir. Il fut plus vifencore quand j’appris le malheur qui lui étoit arrivé. Sa caisse demusique, qui contenoit toute sa fortune, cette précieuse caisse,sauvée avec tant de fatigue, avoit été saisie en arrivant à Lyonpar les soins du comte Dortan, à qui le chapitre avoit fait écrirepour le prévenir de cet enlèvement furtif. Le Maître avoit en vainréclamé son bien, son gagne-pain, le travail de toute sa vie. Lapropriété do cette caisse étoit tout au moins sujette à litige : il n’yen eut point. L’affaire fut décidée à l’instant même par la loi duplus fort, et le pauvre Le Maître perdit ainsi le fruit de ses ta-lents, l’ouvrage de sa jeunesse et la ressource de ses vieux jours.

Il ne manqua rien au coup que je reçus pour le rendre acca-blant. Mais j’étois dans un âge où les grands chagrins ont peu deprise, et je me forgeai bientôt des consolations. Je comptois avoirdans peu des nouvelles de madame de Warens, quoique je nesusse pas son adresse et quelle ignorât que j’étois de retour : etquant à ma désertion, tout bien compté, je ne la trouvois pas sicoupable. J’avois été utile à M. Le Maître dans sa retraite; c’étoitle seul service qui dépendit de moi. Si j’avois resté avec lui enFrance, je ue l’aurois pas guéri de son mal, je n’aurois pas sauvésa caisse, je n’aurois fait que doubler sa dépense sans lui pouvoirêtre bon à rien. Voilà comment alors je voyois la chose : je la voisautrement aujourd’hui. Ce n’est pas quand une vilaine actionvient d'être faite qu’elle nous tourmente, c’est quand long-tempsaprès on se la rappelle; car le souvenir ne s’en éteint point.

Le seul parti que j’avois à prendre pour avoir des nouvelles demaman étoit d’en attendre; car où l’aller chercher à Paris, .etavec quoi faire le voyage? Il n’y avoit point de lieu plus sûrqu Annecy pour savoir tôt ou tard où elle étoit. J’y restai donc :mais je me conduisis assez mal. Je n’allai point voir l’évêque, quim’avoit protégé et qui me pouvoit protéger encore : je n’avoisplus ma patronne auprès de lui, et je craignois les réprimandessur notre évasion. J’allai moins encore au séminaire : M. Gros n’yétoit plus. Je ne vis personne de nja connoissance : j’aurois pour-