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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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me plaisois fort au milieu de toutes ces filles; et, soit pour faireleur cour à mademoiselle Giraud, soit pour moi-même, toutesme fêtoient à l’envi. Je ne voyois à tout cela que de l'amitié. J'aipensé depuis qu’il n’eût tenu qu’à moi d’y voir davantage : maisje ne m'en avisois pas, je n’y pensois pas.

D’ailleurs des couturières, des filles de chambre, de petitesmarchandes, nemetentoieat guère : il me falloit des demoiselles.Chacun a ses fantaisies, c’a toujours été la mienne, et je ne pensepas comme Horace sur ce point là. Ce n’est pourtant pas du toutla vanité de l’état et du rang qui m’attire (a) ; c’est un teint mieuxconservé, de plus belles mains, une parure plus gracieuse, un airde délicatesse et de propreté sur toute la personne, plus de goûtdans la manière de se mettre et de s'exprimer, une robe plus fineet mieux faite, une chaussure plus mignonne, des rubans, de ladentelle , des cheveux mieux ajustés. Je préférerois toujours lamoins jolie, ayant plus de tout cela. Je trouve moi-même cettepréférence très ridicule ; mais mon cœur la donne malgré moi.

Eh bien ! cet avantage se présentoit encore, et il ne tint encorequ’à moi d’en profiter. Que j’aime à tomber de temps en tempssur les moments agréables de ma jeunesse ! Ils m’étoient si doux ;ils ont été si courts, si rares, et je les ai goûtés à si bon marché !Ah ! leur seul souvenir rend encore à mon cœur une volupté puredont j’ai besoin pour ranimer mon courage et soutenir les ennuisdu reste de mes ans.

L’aurore un matin me parut si belle, que m’étant habillé pré-cipitamment je me hâtai de gagner la campagne pour voir leverle soleil. Je goûtai ce plaisir dans tout son charme ; c’étoit la se-maine après la Saint-Jean. La terre, dans sa plus grande parure,étoit couverte d’herbe et de fleurs ; les rossignols, presque à la finde leur ramage, sembloient se plaire à le renforcer; tous lesoiseaux, faisant en concert leurs adieux au printemps, chantoientla naissance d’un beau jour d’été, d'un de ces beaux jours qu’onne voit plus à mon âge, et qü’on n’a jamais vus dans le triste soloù j’habite aujourd’hui (*).

Je m’étois insensiblement éloigné de la ville, la chaleur aug-mentait, et je me promenois sous des ombrages dans un vallon le

(a) Vab. ... pas du tout la vanité, cest la volupté qui m'attire. L’un et l'autreattrait agis soient sur Montaigne, quand il a dit à ce sujet : « Certes les perles et le« brocadel y confèrent quelque chose, et les tiltres et le train. » (.Uv. UT, chap. 3.)Quant à Horace, voyez la deuxième satire du premier livre.

(*) A YTuotton, en Staffordshire.