LES CONFESSIONS.
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n’est pas à Toune, nous sommes seules : nous revenons ce soir, etvous reviendrez avec nous.
L’effet de l’électricité n’est pas plus prompt que celui que cesmots firent sur moi. En m’élançant sur le cheval de mademoisellede Graffenried je tremblois de joie ; et quand il fallut l’embrasserpour me tenir, le cœur me battoit si fort qu'elle s'en aperçut:elle me dit que le sien lui battoit aussi par la frayeur de tomber;c’étoit presque, dans ma posture, une invitation de vérifier lachose :je n’osai jamais; et durant tout le trajet mes deux braslui servirent de ceinture, très serrée à la vérité, mais sans se dé-placer un moment. Telle femme qui lira ceci me souffletteroitvolontiers, et n’auroit pas tort.
La gaieté du voyage et le babil de ces filles aiguisèrent tellementLe mien, que jusqu’au soir, et tant que nous fûmes ensemble, nousne déparlâmes pas un moment. Elles m’avoient mis si bien à monaise, que ma langue parioit autant que mes yeux, quoiqu’elle nedît pas les mêmes choses. Quelques instants seulement, quand jeme trouvois tête à tête avec l’une ou l’autre, l’entretien s’embar-rassoit un peu ; mais l’absente revenoit bien vite, et ne nous lais-soit pas le temps d’éclaircir cet embarras.
Arrivés à Toune, et moi bien séché, nous déjeunâmes. Ensuiteil fallut procéder à l’importante affaire de préparer le dîner. Lesdeux demoiselles, tout en cuisinant, baisoient de temps en tempsles enfants de lagrangère; et le pauvre marmitonregardoit faire,en rongeant son frein. On avoit envoyé des provisions de la ville,et il y avoit de quoi faire un très bon dîner, surtout en friandises:mais malheureusement on avoit oublié du vin. Cet oubli n’étoitpas étonnant pour des filles qui n’en buvoient guère ; mais j’enfus fâché, car j’avois un peu compté sur ce secours pour m’en-liardir. Elles en furent fâchées aussi, par la même raison peut-être ;'mais je n’en crois rien. Leur gaieté vive et charmante étoitl’innocence même; et d’ailleurs qu’eussent-elles fait de moi entreelles deux ? Elles envoyèrent chercher du vin partout aux envi-rons : on n’en trouva point, tant les paysans de ce canton sontsobres et pauvres. Comme elles m’en marquoient leur chagrin, jeleur dis de n’en pas être si fort en peine, et qu’elles n’avoient pasbesoin de vin pour m’enivrer. Ce fut la seule galanterie que j’osaileur dire de la journée ; mais je crois que les friponnes voyoient dereste que cette galanterie étoit une vérité.
Nous dînâmes dans la cuisine de la grangère, les deux amies