LES CONFESSIONS.
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ne voulut jamais douter que j.’en fusse, de peur de (a) perdrecette occasion d’en parler. M. de Crouzas, lieutenant-baillival,avoit un jardinier de Paris aussi, mais moins complaisant, et quitrouvoit la gloire de son pays compromise à ce qu’on osât se don-ner pour en être lorsqu’on n’avoit pas cet honneur. Il me ques-tionnoit de l’air d’un homme sûr de me prendre en faute, et puissourioit malignement. Il me demanda une fois ce qu’il y avoitde remarquable au Marché-Neuf. Je battis la campagne, commeon peut croire. Après avoir passé vingt ans à Paris, je dois àprésent connoître cette ville ; cependant, si l’on me faisoit aujour-d’hui pareille question, je ne serois pas moins embarrassé d’yrépondre, et de cet embarras on pourrait aussi bien conclure queje n’ai jamais été à Paris : tant, lors même qu’on rencontre la vé-rité, l’on est sujet à se fonder sur des principes trompeurs.
Je ne saurais dire exactement combien de temps je demeuraià Lausanne. Je n’apportai pas de cette ville des souvenirs bienrappelants. Je sais seulement que, n’y trouvant pas à vivre, j’al-lai de là à Neufcliâtel, et que j'y passai l’hiver. Je réussis mieuxdans cette dernière ville ; j’y eus des écoliers, et j’y gagnai dequoi m’acquitter avec mon bon ami Perrotet, qui m’avoit fidè-lement envoyé mon petit bagage, quoique je lui redusse assezd’argent.
J’apprenois insensiblement la musique en l’enseignant. Ma vieétoit assez douce ; un homme raisonnable eût pu s’en contenter :mais mon cœur inquiet me demandoit autre chose. Les dimancheset les jours où j’étois libre, j’allois courir les campagnes et lesbois des environs, toujours errant, revaut, soupirant ; et quandj’étois une fois sorti de la ville je n’y rentrais plus que le soir. Unjour étant à Boudry j’entrai pour dîner dans un cabaret : j’y vis unhomme à grande barbe avec un habit violet à la grecque, un bon-net fourré, l’équipage et l’air assez noble, et qui souvent avoitpeine à se faire entendre, ne parlant qu’un jargon presque indé-chiffrable, mais plus ressemblant à l’italien qu’à nulle autre lan-gue. J’entendois presque tout ce qu’il disoit, et j’étois le seul ; il nepouvoit s’énoncer que par signes avec l’hôte et les gens du pays.Je lui dis quelques mots en italien qu’il entendit parfaitement : ilse leva, et vint m’embrasser avec transport. La liaison fut bientôtfaite, et dès ce moment je lui servis de truchement. Son dînerétoit bon, le mien étoit moins que médiocre ; il m’invita de pren-
(fl) Var. pour ne pas perdre.,..