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Tome premier.
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156
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156 LES CONFESSIONS,

men de ses titres ne fat pas l’affaire d’un jour. Enfin, tout étanten règle, il fut admis à l’audience du sénat. J’entrai avec luicomme son interprète, et l’on me dit de parler. Je ne m’attendoisà rien moins, et il ne m’étoit pas venu dans l’esprit qu’après avoirlong-temps conféré avec les membres, il fallût s’adresser au corpscomme si rien n'eût été dit. Qu’on juge de mon embarras ! Pourun homme aussi honteux, parler non seulement en public, maisdevant le sénat de Berne, et parler impromptu sans avoir uneseule minute pour me préparer, il y avoit là de quoi m’anéantir.Je ne fus pas même intimidé. J’exposai succinctement et nette-ment la commission de l’archimandrite. Je louai la piété des prin-ces qui avoient contribué à la collecte qu’il étoit venu faire. Pi-quant d’émulation celle de leurs Excellences, je dis qu’il n’y avoitpas moins à espérer de leur munificence accoutumée ; et puis,tâchant de prouver que cette bonne œuvre en étoit également unepour tous les chrétiens sans distinction de secte, je finis par pro-mettre les bénédictions du ciel à ceux qui voudroient y prendrepart. Je ne dirai pas que mon discours fit effet ; mais il est sûr qu'ilfut goûté, et qu’au sortir de l’audience l’archimandrite reçut unprésent fort honnête, et de plus, sur l’esprit de son secrétaire descompliments dont j’eus l’agréable emploi d’être le truchement,mais que je n’osai lui rendre à la lettre. Voilà la seule fois de mavie que j’aie parlé en public et devant un souverain, et la seulefois aussi peut-être que j’ai parlé hardiment et bien (a). Quelle dif-férence dans les dispositions du même homme! Il y a trois ans,qu’étant allé voir à Yverdun mon vieux ami M. Roguin, je reçusune députation pour me remercier de quelques livres que j’avoisdonnés à la bibliothèque de cette ville. Les Suisses sont grandsharangueurs ; ces messieurs me haranguèrent. Je me crus obligéde répondre ; mais je m’embarrassai tellement dans ma réponse,et ma tète se brouilla si bien, que je restai court, et me fis mo-quer de moi. Quoique timide naturellement, j’ai été hardi quel-quefois dans ma jeunesse, jamais dans mon âge avancé. Plus j’aiui le monde, moins j’ai pu me faire à son ton.

(a) Vàr. et la seule fois aussi que j'ai parlé hardiment et bien. —Tel est exacte-ment le texte du premier manuscrit, texte dont l’éditeur de 1801 s’est écarté, en sub-stituant j’aie parlé h j’ai parlé dans ce second membre de phrase. Qu’on ne croiepas d’aiileurs que l’auteur ait, par simple inadvertance, employé ici l’indicatif pourle subjonctif; on fera remarquer ci-après, au livre VI, le même mode employé dansune occasion semb'able, et où l’emploi du subjonctif sembloit même plus rigoureu*sement encore exigé par l'usag*.