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Tome premier.
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PARTIE I, LIVRE IV. ( 1732.) Ij7

Partis de Berne, nous allâmes à Soleure ; car le dessein de l’ar-chimandrite étoit de reprendre la route d’Allemagne, et de s’enretourner par la Hongrie ou par la Pologne ; ce qui faisoit uneroute immense : mais comme chemin faisant sa bourse s’emplis-soitplus quelle ne se vidoit, il craignoit peu les détours. Pourmoi, qui me plaisois presque autant à cheval qu’à pied, je n’au-rois pas mieux demandé que de voyager ainsi toute ma vie : maisil étoit écrit que je n’irois pas si loin.

La première chose que nous fîmes arrivant à Soleure fut d’al-ler saluer monsieur l’ambassadeur de France. Malheureusementpour mon évêque cet ambassadeur étoit le marquis de Bonac, qv iavoit été ambassadeur à la Porte, et qui devoit être au fait detout ce qui regardoit le Saint-Sépulcre. L’archimandrite eut uneaudience d'un quart d’heure , où je ne fus pas admis , parcequemonsieur l’ambassadeur entendoit la langue franque et parloitl’italien du moins aussi bien que moi. A la sortie de mon Grec jevoulus le suivre ; on me retint, ce fut mon tour. M’étant donnépour Parisien, j etois comme tel sous la juridiction de son Excel-lence. Elle me demanda qui j’étois, m’exhorta de lui dire la vé-rité : je le lui promis en lui demandant une audience particulière,qui me fut accordée. Monsieur l’ambassadeur m’emmena dansson cabinet, dont il ferma sur nous la porte ; et là, me jetant àses pieds, je lui tins parole. Je n’aurois pas moins dit quand jen’aurois rien promis , car un continuel besoin d’épanchement metà tout moment mon cœur sur mes lèvres ; et, après m’être ouvertsans réserve au musicien Lutold, je n’avois garde de faire le mys-térieux avec le marquis de Bonac. Il fut si content de ma petitehistoire et de l’effusion de cœur avec laquelle il vit que je Pavoiscontée, qu’il me prit parla main, entra chez madame l'ambassa-drice , et me présenta'à elle en lui faisant un abrégé de mon récit.Madame de Bonac m’accueillit avec bonté, et dit qu’il ne falloitpas me laisser aller avec ce moine grec. Il fut résolu que je reste-rois à l’hôtel en attendant qu’on vît ce qu’on pourrait faire de moi.Je voulus aller faire mes adieux à mon pauvre archimandrite, pourlequel j’avois conçu de l’attachement : on ne me le permit pas. Onenvoya lui signifier mes arrêts , et un quart d’heure après je visarriver mon petit sac. M. de La Martinière, secrétaire d’ambas-sade , fut en quelque façon chargé de moi. En me conduisant dansla chambre qui m’étoit destinée, il me dit : Cette chambre a étéoccupée sous le comte du Luc par un homme célébré du même