158 LES COKFESSIOSS.
nom que vous : il ne tient qu’à vous de le remplacer de toutes ma-nières , et de faire dire un jour Rousseau premier , Rousseau se-cond. Cette conformité, qu’alors je n’espérois guère, eût moinsflatté mes désirs si j’avois pu prévoir à quel prix je l’achèterois unjour.
Ce que m’avoit dit M. de La Martinière me donna de la cu-riosité. Je lus les ouvrages de celui dont j’occupois la chambre;et, sur le compliment qu’on m’avoit fait, croyant avoir du goûtpour la poésie, je fis pour mon coup d’essai une cantate à lalouange de madame de Bonac. Ce goût ne se soutint pas. J’ai faitde temps en temps de médiocres vers : c’est un exercice assez bonpour se rompre aux inversions élégantes, et apprendre à mieuxécrire en prose; mais je n’ai jamais trouvé dans la poésie fran-çoise assez d’attrait pour m’y livrer tout-à-fait (a).
M. de La Martinière voulut voir de mon style, et me demandapar écrit le même détail que j’avois fait à monsieur l’ambassa-deur. Je lui écrivis une longue lettre, que j’apprends avoir étéconservée par M. de Marianne, qui étoit attaché depuis long-temps au marquis de Bonac, et qui depuis a succédé à M. de LaMartinière, sous l’ambassade de M. de Courteilles. J’ai priéM. de Malesherbes de tâcher de me procurer une copie de cettelettre (io. Si je puis l’avoir par lui ou par d’autres, on la trouveradans le recueil qui doit accompagner mes Confessions.
, L’expérience 'que je commençois d’avoir modéroit peu à peumes projets romanesques; et, par exemple, non seulement je nedevins point amoureux de madame de Bonac,'mais je sentis d’a-bord que je ne pouvois faire un grand chemin dans la maison deson mari. M. de La Martinière en place, et M. de Marianne pourainsi dire en survivance, ne me laissoient espérer pour toute fortunequ’un emploi de sous-secrétaire, qui ne me tentoit pas infiniment.Cela fit que quand on me consulta sur ce que je voulois faire,je marquai beaucoup d’envie d’aller à Paris. Monsieur l’ambassa-deur goûta cette idée, qui tendoit au moins à le débarrasser demoi. M. de Merveilleux, secrétaire-interprète de l’ambassade,dit que son ami M. Godard, colonel suisse au service de France,chercboit quelqu’un pour mettre auprès de son neveu, qui entroitfort jeune au service, et pensa que je pourrois lui convenir. Surcette idée, assez légèrement prise, mon départ fut résolu ; et
(а) Vàr. ... tout-à-fait, et probablement j’y auro’s peu réussi*
(б) ViR, de cette lettre dont il a connaissance.