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Tome premier.
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PARTIE I, LIVRE V. ( 1732 - 1736 .) 179

dans un voyage que j’ai fait à Davenport, chez mon hôte, assis-tant à la leçon d’arithmétique de ses enfants, j’ai fait sans faute,avec un plaisir incroyable, une opération des plus composées. Ilme sembloit, en posant mes chiffres, que j’étois encore à Cham-béri dans mes heureux jours. C’étoit revenir de loin sur mespas.

Le. lavis des mappes de nos géomètres m’avoit aussi rendu legoût du dessin. J’achetai des couleurs, et je me mis à faire desfleurs et des paysages. C’est dommage que je me sois trouvé peude talent pour cet art, l’inclination y étoit tout entière. Au milieude mes crayons et de mes pinceaux j’aurois passé des mois en-tiers sans sortir. Cette occupation devenant pour moi trop atta-chante, on étoit obligé de m’en arracher. Il en est ainsi de tousles goûts auxquels je commence à me livrer ; ils augmentent, de-viennent passion, et bientôt je ne vois plus rien au monde quel’amusement dont je suis occupé. L’àge ne m’a pas guéri de cedéfaut, il ne l’a pas diminué même ; et maintenant que j’écrisceci, me voilà comme un vieux radoteur engoué d’une autre étudeinutile où je n’entends rien (*), et que ceux même qui s’y sontlivrés dans leur jeunesse sont forcés d’abandonner à l’âge où je laveux commencer.

C’étoit alors qu’elle eût été à sa place. L’occasion étoit belle,et j’eus quelque tentation d’en profiter. Le contentement que jevoyois dans les yeux d’Anet, revenant chargé de plantes nou-velles, me mit deux ou trois fois sur le point d'aller herboriseravec lui. Je suis presque assuré que si j’y avois été une seule fois,cela m'auroit gagoé , et je serois peut-être aujourd’hui un grandbotaniste ; car je ne connois point d’étude au monde qui s’associemieux avec mes goûts naturels que celle des plantes ; et la vieque je mène depuis dix ans à la campagne n’est guère qu’une her-borisation continuelle, à la vérité sans objet et sans progrès; maisn’ayant alors aucune idée de la botanique, je l’avois prise en unesorte de mépris et même de dégoût ; je ne la regardois que (a)comme une étude d’apothicaire. Maman, qui l’aimoit, n’en faisoitpas elle-même un autre usage ; elle ne reclierchoit que les plantesusuelles, pour les appliquer à ses drogues. Ainsi la botanique, lachimie et l’anatomie, confondues dans mon esprit sous le nom demédecine, ne servoient qu’à me fournir des sarcasmes plaisants

{*) La botanique.

(«) Var. je ne la regardais, comme font tous les ignorants t que...