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Tome premier.
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i 80 LES CONFESSIONS,

toute la journée, et à m’attirer des soufflets de temps en temps.D’ailleurs un goût différent et trop contraire à celui-là croissoitpar degrés, et bientôt absorba tous les autres. Je parle delà mu-sique. Il faut assurément que je sois né pour eet art, puisque j’aicommencé de l’aimer dès mon enfance, et qu’il est le seul quej’aie aimé constamment dans tous les temps. Ce qu’il y a d’éton-nant, est qu’un art pour lequel j’étois né m’ait néanmoins tantcoûté de peine à apprendre, et avec des succès si lents, qu’aprèsune pratique de toute ma vie, jamais je n’ai pu parvenir à chan-ter sûrement tout à livre ouvert. Ce qui me rendoit surtout alorscette étude agréable, étoit que je la pouvois faire avec maman.Ayant des goûts d'ailleurs fort différents, la musique étoit pournous un point de réunion dont j’aimois à faire usage. Elle ne s’yrefusoit pas : j’étois alors à peu près aussi avancé qu’elle ; en deuxou trois fois nous déchiffrions un air. Quelquefois, la voyant em-pressée autour d’un fourneau, je lui disois : Maman, voici un duocharmant qui m’a bien l’air de faire sentir l’empyreume à vosdrogues. Ah! par ma foi, me disoit-elle, si tu me les fais brûler,je te les ferai manger. Tout en disputant, je l’entrainois à son cla-vecin : ons’y oublioit; l’extrait de genièvre ou d’absynthe étoit cal-ciné : elle m’en barbouilloit le visage, et tout cela étoit délicieux.

On voit qu’avec peu de temps de reste j’avois beaucoup de chosesà quoi l’employer. Il me vint pourtant encore un amusement deplus qui fit bien valoir tous les autres.

Nous occupions un cachot si étouffé, qu’on avoit besoin quel-quefois d’aller prendre l’air sur la terre. Anet engagea maman àlouer, dans un faubourg, un jardin pour y mettre des plantes. Ace jardin étoit jointe une guinguette assez jolie qu’on meubla sui-vant l’ordonnance : on y mit un lit. Nous allions souvent y dîner,et j’y eouchois quelquefois. Insensiblement je m’engouai de cettepetite retraite, j’y mis quelques livres, beaucoup d’estampes; jepassois une partie de mon temps à l’orner, et à y préparer à ma-man quelque surprise agréable lorsqu’elle s'y venoit promener.Je la quittois pour venir m’occuper d’elle, pour y penser avec plusde plaisir : autre caprice que je n’excuse ni n’explique, mais quej’avoue parceque la chose étoit ainsi. Je me souviens qu’une foismadame de Luxembourg me parloit en raillant d’un hommequi quittoit sa maîtresse pour lui écrire. Je lui dis que j’auroisbien été cet homme-là, et j’aurois pu ajouter que je l’avois étéquelquefois. Je n’ai pourtant jamais senti près de maman ce