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Tome premier.
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182
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LES CONFESSIONS.

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venu du bon air de m’accabler d’injustices et d'outrages, je n’aipu me guérir de ma folie. Je les aime en dépit de moi, quoiqu’ilsme maltraitent (a).

J’ai cherché long-temps la cause de [cette partialité, et je n’aipu la trouver que dans l’occasion qui la vit naître. Un goût crois-sant pour la littérature m’attachoit aux livres françois, aux au-teurs de ces livres, et au pays de ces auteurs. Au moment mêmeque défiloit sous mes yeux l’armée françoise, je lisois les grandscapitaines de Brantôme. J’avois la tête pleine des Clisson, desBayard, des Lautrec, des Coligny, des Montmorency, des LaTrimouille, et je m’affectionnois à leurs descendants comme auxhéritiers de leur mérite et de leur courage. A chaque régiment quipassoit, je croyois revoir ces fameuses bandes noires qui jadisavoient fait tant d'exploits en Piémont. Enfin j’appliquois à ce queje voyois les idées que je puisois dans les livres : mes lectures con-tinuées et toujours tirées de la même nation nourrissoient mon af-fection pour elle, et m’en firent une passion aveugle que rien n’apu surmonter. J’ai eu dans la suite occasion de remarquer dansmes voyages que cette impression ne m’étoit pas particulière, etqu’agissant plus ou moins dans tous les pays sur la partie de lanation qui aimoit la lecture et qui cultivoit les lettres, elle balan-çoit la haine générale qu’inspire l’air avantageux des François.Les romans plus que les hommes leur attachent les femmes detous les pays, leurs chefs-d’œuvre dramatiques affectionnent lajeunesse à leurs théâtres. La célébrité de celui de Paris y attiredes foules d’étrangers qui en reviennent enthousiastes. Enfin l'ex-cellent goût de leur littérature leur soumet tous les esprits qui enont; et, dans la guerre si malheureuse dont fis sortent, j’ai vuleurs auteurs et leurs philosophes soutenir la gloire du nomfrançois, ternie par leurs guerriers (*).

J’étois donc François ardent, et cela me rendit nouvelliste.,1’alloisavec la foule des gobe-mouches attendre sur la place l’ar-rivée des courriers; et, plus bête que l’âne de la fable, je m'in-quiétais beaucoup pour savoir de quel maître j’aurois l’honneur

(fl) Var . me maltraitent. Envoyant déjà commencer la décadence de VAn-

gleterre, que j'ai prédite au milieu de ses triomphes, je me laisse bercer au folespoir que la nation françoise, à son lotir victorieuse,viendra peut-être un jourme tirer de la tristecapliuité où je vis.

O Voyez ci-api ès, vers la fin du livre VII, ce qu’il dit encore dans une note deson attachement pour la France, à l’occasion de sa comédie intitulée les Prisonniersde guerre ►