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Tome premier.
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184
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184 LES CONFESSIONS.

Canavas, musicien piémontois, qui travailloit au cadastre et quidepuis s’est marié à Paris, jouoit du violoncelle ; l'abbé Palais ac-compagnoit du clavecin ; j’avois l’honneur de conduire la musi-que, sans oublier le bâton du bûcheron. On peut juger combientout cela éloit beau 1 pas tout-à-fait comme chez M. de Treytorens,mais il ne s’en falloit guère.

Le petit concert de madame de Warens, nouvelle convertie, etvivant, disoit-on, des charités du roi, faisoit murmurer la séquelledévote; mais c’étoit un amusement agréable pour plusieurs hon-nêtes gens. On ne devineroit pas qui je mets à leur tête en cetteoccasion : un moine, mais un moine homme de mérite, et mêmeaimable, dont les infortunes m’ont dans la suite bien vivementaffecté, et dont la mémoire, liée à celle de mes beaux jours, m’estencore chère. Il s’agit du P. Caton, cordelier, qui, conjointementavec le comte Dortan, avoit fait saisir à Lyon la musique du pau-vre petit-chat; ce qui n’est pas le plus beau trait de sa vie. Ilétoit bachelier de Sorbonne : il avoit vécu long-temps à Parisdans le plus grand monde, et très-faufilé surtout chez le marquisd’Antremont, alors ambassadeur de Sardaigne. C’étoit un grandhomme, bien fait, le visage plein, les yeux à fleur de tête, descheveux noirs qui faisoient sans affectation le crochet à côté dufront (a) , l’air à la fois noble, ouvert, modeste, se présentantsimplement et bien, n’ayant ni le maintien caffard ou effrontédes moines, ni l’abord cavalier d’un homme à la mode, quoiqu’ille fut ; mais l’assurance d'un honnête homme qui, sans rougir desa robe, s’honore lui-même, et se sent toujours à sa place parmiles honnêtes gens. Quoique le P. Caton n’eût pas beaucoup d’étudepour un docteur, il en avoit beaucoup pour un homme du monde ;et n’étant point pressé de montrer son acquis, il le plaçoit si àpropos qu’il en paroissoit davantage. Ayant beaucoup vécu dansla société, il s’étoit plus attaché aux talents agréables qu’à un so-lide savoir. Il avoit de l’esprit, faisoit des vers, parloit bien, chan-toit mieux, avoit la voix belle, touchoit l’orgue et le clavecin. Iln’en falloit pas tant pour être recherché ; aussi l’étoit il : maiscela lui fit si peu négliger les soins de son état, qu’il parvint, mal-gré des concurrents très jaloux, à être élu défiuiteur de sa pro-vince, ou, comme on dit, un des grands colliers de l’ordre.

Ce P. Caton fit connoissance avec maman chez le marquisd’Antremont. Il entendit parler de nos concerts, il voulut en être;(«} Vau. aux colds du front,