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Tome premier.
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190
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190 LES CONFESSIONS,

du bruit. Ii falloit, quand j’étois pressé, que je prisse un détourpour passer dans une autre rue, sachant bien qu’il n’étoit pasaussi aisé de sortir de chez elle que d’y entrer.

Madame Lard s’occupoit trop de moi pour que je ne m’occu-passe point d’elle. Ses attentions me touchoient beaucoup. J’enparfois à maman comme d’une chose sans mystère : et quand ily en auroit eu, je ne lui en aurois pas moins parlé ; car lui faireun secret de quoi que ce fût ne m’eût pas été possible ; mon cœurétoit ouvert devant elle comme devant Dieu. Elle ne prit pas tout-à-fait la chose avec la même simplicité que moi. Elle vit desavances où je n’avois vu que des amitiés; elle jugea que ma-dame Lard, se faisant un point d’honneur de me laisser moinssot qu’elle ne m’avoit trouvé, parviendroit de manière ou d’autreà se faire entendre; et, outre qu’il n’étoit pas juste qu’une autrefemme se chargeât de l’instruction de son élève, elle avoit desmotifs plus dignes d’elle pour me garantir des pièges auxquelsmon âge et mon état m’exposoient. Dans le même temps on m’entendit un d’une espèce plus dangereuse, auquel j’échappai, maisqui lui fit sentir que les dangers qui me menaçoient sans cesse ren-doient nécessaires tous les préservatifs qu’elle ypouvoit apporter.

Madame la comtesse de Menthon, mère d’une de mes écolières,étoit une femme de beaucoup d’esprit, et passoit pour n’avoir pasmoins de méchanceté. Elle avoit été cause, à ce qu’on disoit, debien des brouilleries, et d’une entre autres qui avoit eu des suitesfatales à la maison d’Antremont. Maman avoit été assez liée avecelle pour connoître son caractère : ayant très innocemment in-spiré du goût à quelqu’un sur qui madame de Menthon avoit desprétentions, elle resta chargée auprès d’elle du crime de cettepréférence, quoiqu’elle n’eût été ni recherchée ni acceptée ; etmadame de Menthon chercha depuis lors à jouer à sa rivale plu-sieurs tours , dont aucun ne réussit. J’en rapporterai un des pluscomiques par manière d’échantillon. Elles étoient ensemble à lacampagne avec plusieurs gentilshommes du voisinage , et entreautres l’aspirant en question. Madame de Menthon dit un jour àun de ces messieurs que madame de Warens n’étoit qu’une pré-cieuse, qu’elle n’avoit point de goût, qu’elle se mettoit mal, qu’ellecouvroit sa gorge comme une bourgeoise. Quant à ce dernier ar-ticle, lui dit l’homme, qui étoit un plaisant, elle a ses raisons, et jesais qu’ellea un gros vilain ratempreintsurlesein, mais si ressem-blant, qu’on diroit qu’il court. La haine ainsi que l’amour rend