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Tome premier.
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196
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196 LES CONFESSIONS,

devoir des femmes; en sorte que des infidélités ignorées, nullespour celui qu’elles offensoient, l'étoient aussi pour la con-science : enfin il lui persuada que la chose en elle-même n’étoitrien, qu’elle ne prenoit d’existence que par le scandale, et quetoute femme qui paroissoit sage, par cela seul l’étoit en effet.C’est ainsi que le malheureux parvint à son but, en corrompantla raison d’un enfant dont il n’avoit pu corrompre le cœur. Il enfut puni par la plus dévorante jalousie, persuadé qu’elle le traitoitlui-même comme il lui avoit appris à traiter son mari. Je ne saiss’il se trompoit sur ce point. Le ministre Perret passa pour sonsuccesseur. Ce que je sais, c’est que le tempérament froid decette jeune femme, qui l’auroit dû garantir de ce système, fut cequi l’empêcha dans la suite d’y renoncer. Elle ne pouvoit conce-voir qu’on donnât tant d’importance à ce qui n’en avoit pointpour elle. Elle n’honora jamais du nom de vertu une abstinencequi lui coûtoit si peu.

Elle n’eut donc guère abusé de ce faux principe pour elle-même;mais elle en abusa pour autrui, et cela par une autre maximepresque aussi fausse, mais plus d’accord avec la bonté de soncœur. Elle a toujours cru que rien n’attachoit tant un hommeà une femme que la possession; et quoiqu’elle n’aimât ses amisque d’amitié, c’étoit d’une amitié si tendre, qu’elle employoit tousles moyens qui dépendoient d’elle pour se les attacher plus for-tement. Ce qu’il y a d’extraordinaire est qu’elle a presque toujoursréussi. Elle étoit si réellement aimable, que plus l’intimité danslaquelle on vivoit avec elle étoit grande, plus on y trouvoit denouveaux sujets de l’aimer. Une autre chose digne de remarqueest qu’après sa première foiblesse , elle n’a guère favorisé quedes malheureux ; les gens brillants ont tous perdu leur peine au-près d’elle : mais il faltoit qu’un homme qu’elle commençoit parplaindre fût bien peu aimable si elle ne finissoit par l’aimer.Quand elle se fit des choix peu dignes d’elle, bien loin quece fût par des inclinations basses, qui n’approchèrent jamais deson noble cœur, ce fut uniquement par son caractère trop géné-reux , trop humain, trop compatissant, trop sensible, qu’elle negouverna pas toujours avec assez de discernement.

Si quelques principes faux l’ont égarée, combien n’en avoit-elle pas d’admirables dont elle ne se départoit jamais ! Par com-bien de vertus ne rachetoit-elle pas ses foiblesses, si l’on peut ap-peler de ce nom des erreurs où les sens avoient si peu de part !