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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

encove chacun pour notre compte de quoi bien remplir notretemps. Selon moi, le désœuvrement n’est pas moins le fléau de lasociété que celui de la solitude. Rien ne rétrécit plus l’esprit, rienn’engendre plus de riens, de rapports, de paquets, de tracasse-ries, de mensonges, que d’être éternellement renfermés vis-à-visles uns des autres dans une chambre, réduits pour tout ouvrage àla nécessité de babiller continuellement. Quand tout le monde estoccupé, l’on ne parle que quand on a quelque chose à dire; maisquand on ne fait rien, il faut absolument parler toujours ; et voilàde toutes les gênes la plus incommode et la plus dangereuse. J’osemême aller plus loin, et je soutiens que pour rendre un cerclevraiment agréable, il faut non seulement que chacun y fassequelque chose , mais quelque chose qui demande un peu d'atten-tion. Faire des nœuds, c’est ne rien faire, et il faut tout autant desoin pour amuser une femme qui fait des nœuds que celle quitient les bras croisés. Mais quand elle brode, c’est autre chose ;elle s’occupe assez pour remplir les intervalles du silence. Cequ’il y a de choquant, de ridicule, est de voir pendant ce tempsune douzaine de flandrins se lever, s’asseoir, aller, venir, pirouet-ter sur leurs talons, retourner deux cents fois les magots de lacheminée, et fatiguer leur minerve à maintenir un intarissableflux de paroles : la belle occupation ! ces gens-là, quoi qu’ilsfassent, seront toujours à charge aux autres et à eux-mêmes.Quandj’étois à Motiers, j’allois faire des lacets chez mesvoisines;si je retournois dans le monde, j’aurois toujours dans ma pocheun bilboquet, et j’en jouerois toute la journée, pour me dispenserde parler quand je n’aurois rien à dire. Si chacun en faisoit autant,les hommes deviendroient moins méchants, leur commerce de-viendrait plus sûr, et, je pense, plus agréable. Enfin que les plai-sants rient s’ils veulent, mais je soutiens que la seule morale à laportée du présent siècle est la morale du bilboquet.

Au reste, on ne nous laissoit guère le soin d’éviter l’ennui parnous-mêmes ; et les importuns nous en donnoient trop par leuraffluence, pour nous en laisser quand nous restions seul . L’im-patience qu’ils m’avoient donnée autrefois n’étoit pas diminuée,et toute la différence étoit que j’avois moins de temps pour m’ylivrer. La pauvre maman n’avoit point perdu son ancienne fan-taisie d’entreprises et de systèmes : au contraire, plus ses besoinsdomestiques devenoient pressants, plus pour y pourvoir elle selivrait à ses visions ; moins elle avoit de ressources présentes, plus