Band 
Tome premier.
Seite
210
JPEG-Download
 

210 LES COSFESSIOKS.

moade ; uu caractère officieux avec peu de choix , servant sesamis avec zèle, ou plutôt se faisant l’ami des gens qu'il pouvoitservir, et sachant faire très adroitement ses propres affaires enfaisant très chaudement celles d’autrui, Gauffecourt étoit fils d’unsimple horloger, et avoit été horloger lui-même. Mais sa figureet son mérite l’appeloient dans une autre sphère où il ne tardapas d’entrer. 11 fit connoissance avec M. de La Closure, résidentde France à Genève, qui le prit en amitié. Il lui procura à Parisd’autres connoissances qui lui furent utiles, et par lesquelles ilparvint à avoir la fourniture des sels du Valais, qui lui valoitvingt mille livres de rente. Sa fortune, assez belle, se borna làdu côté des hommes; mais du côté des femmes la presse y étoit :il eut à choisir, et fit ce qu’il voulut (a). Ce qu’il y eut de plusrare et de plus honorable pour lui fut qu’ayant des liaisons danstous les états, il fut partout chéri, recherché de tout le monde,sans jamais être envié ni haï de personne, et je crois qu’ilest mort sans avoir eu de sa vie un seul ennemi. Heureuxhomme ! Il venoit tous les ans aux bains d’Aix, où se rassemblela bonne compagnie des pays voisins. Lié avec toute la noblessede Savoie, il venoit d’Àix à Chambéri voir le comte de Bellegarde,et son père le marquis d’Antremont, chez qui maman fit et mefit faire connoissance avec lui. Cette connoissance, qui sembloitdevoir n’aboutir à rien, et fut nombre d’années interrompue, serenouvela dans l’occasion que je dirai, et devint un véritable at-tachement. C’est assez pour m’autoriser à parler d’un ami avecqui j’ai été si étroitement lié : mais quand je ne prendrais aucunintérêt personnel à sa mémoire, éétoit un homme si aimable etsi heureusement né, que pour l’honneur de l’espèce humaine jela croirois toujours bonne à conserver. Cet homme si charmantavoit pourtant ses défauts ainsi que les autres, comme on pourravoir ci-après : mais s’il ne les eût pas eus, peut-être eût-il été moinsaimable. Pour le rendre intéressant autant qu’il pouvoit l’être, ilfalloit qu’on eût quelque chose à lui pardonner.

Une autre liaison du même temps n’est pas éteinte, et meleurre encore de cet espoir du bonheur temporel, qui meurt sidifficilement dans le cœur de l’homme. M. de Conzié, gentil-homme savoyard, alors jeune et aimable, eut la fantaisie d’ap-prendre la musique, ou plutôt de faire connoissance avec celuiqui l’enseignoit. Avec de l’esprit et du goût pour les belles con-((V 1 ViB. il eut à choisir, il choisit tout et fît...