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Tome premier.
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PARTIE lf LIVRE V'. (t732-t736.) 211

noissauces, M. de CoDzié avoit une douceur de caractère qui lerendoit très liant, et je l’étois beaucoup moi-même pour les gensen qui je la trouvois. La liaison fut bientôt faite (i). Le germe delittérature et de philosophie qui commencoit à fermenter dans matête, et qui n’attehdoitqu’unpeu de culture et d’émulation pour sedévelopper tout-à-fait, les trouvoit en lui. M. de Conzié avoit peude disposition pour la musique : ce fut un bien pour moi ; les heu-res des leçons se passoient à tout autre chose qu’à solfier. Nous dé-jeunions, nous causions, nous lisions quelques nouveautés, et pasun mot de musique. La correspondance de Voltaire avec le princeroyal de Prusse faisoit du bruit alors : nous nous entretenions sou-vent de ces deux hommes célèbres , dont l’un, depuis peu sur letrône, s’annonçoit déjà tel qu’il devoit dans peu se montrer, etdont l’autre, aussi décrié qu’il est admiré maintenant, nous fai-soit plaindre sincèrement le malheur qui sembloit le poursuivre,et qu’on voit si souvent être l’apanage des grands talents. Leprince de Prusse avoit été peu heureux dans sa jeunesse ; et Vol-taire sembloit fait pour ne l’être jamais. L’intérêt que nous pre-nions à l’un et à l’autre s’étendoit à tout ce qui s’y rapportoit.Rien de tout ce qu’écrivoit Voltaire ne nous échappoit. Le goûtque je pris à ces lectures m’inspira le désir d’apprendre à écrireavec élégance, et de tâcher d’imiter le beau coloris de cet auteur,dont j’étois enchanté. Quelque temps après parurent ses Lettres'philosophiques. Quoiqu’elles ne soient assurément pas son meil-leur ouvrage, ce fut celui qui m’attira le plus vers l’étude, et cegoût naissant ne s’éteignit plus depuis ce temps-là.

Mais le moment n’étoit pas venu de m’y livrer tout de bon. Ilme restoit encore une humeur un peu volage, un désir d’aller etvenir, qui s’étoit plutôt borné qu’éteint, et que nourrissoit le trainde la maison de madame de W are ns , trop bruyant pour monhumeur solitaire. Ce tas d’inconnus qui lui affluoient journelle-ment de toutes parts, et la persuasion où j’étois que ces gens-làne eherehoient qu’à la duper chacun à sa manière, me faisoientun vrai tourment de mon habitation. Depuis qu’ayant succédé àClaude Anet dans la confidence de sa maîtresse, je suivois de plusprès l’état de ses affaires, j’y voyois un progrès en mal, dont

(’) Je lai revu depuis, et je l’ai trouvé totalement transformé. O le grand magicienque M. de Choiseul! Aucune de mes anciennes connoissances n'a échappé à ses mé-tamorphoses (*).

- » Cîtte note, qui est dans te premier manuscrit, ne se retrouve point dans l’édition de Genève,