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Tome premier.
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PABTIE I, LIYBE V. (1732-1736.) 213

rent dans les deux partis contraires ; le fils, dans celui de labourgeoisie, le père dans celui des magistrats ; et lorsqu’on pritles armes en 1737, je vis, étant à Genève, le père et le fils sortirarmés de la même maison, l’un pour monter à l’hôtel-de-ville,l’autre pour se rendre à son quartier, sûrs de se trouver deuxheure s après l’un vis-à-vis de l’autre exposés à s’entr’égorger. Cespectacle affreux me fit une impression si vive, que je jurai de netremper jamais dans aucune guerre civile, et de ne soutenir ja-mais au-dedans la liberté par les armes, ni de ma personne nide mon aveu, si jamais je rentrois dans mes droits de citoyen. Jeme rends le témoignage d’avoir tenu ce serment dans une occa-sion délicate, et l’on trouvera, du moins je le pense, que cettemodération fut de quelque prix.

Mais je n’en étois pas encore à celte première fermentation depatriotisme que Genève en armes excita dans mon cœur. On ju-gera combien j’en étois loin par un fait très grave à ma charge,que j'ai oublié de mettre à sa place, et qui ne doit pas être omis.

Mon oncle Bernard étoit, depuis piusieurs années, passé danslaCaroline pour y faire bâtir la ville de Charlestown, dont il avoitdonné le pian : il y mourut peu après. Mon pauvre cousin étoitaussi mort au service du roi de Prusse, et ma tante perdit ainsi sonfils et son mari presque en même temps. Ces pertes réchauffèrent unpeu son amitié pour le plus proche parent qui lui restât, et qui étoitmoi. Quand j’allois à Genève, je logeois chez elle, et je m’amu-sois à fureter et à feuilleter les livres et papiers que mon oncleavoit laissés. J’y trouvai beaucoup de pièces curieuses, et deslettres dont assurément on ne se douteroit pas. Ma tante, qui fai-soit peu de cas de ces paperasses, m’eût laissé tout emporter sij’avois voulu. Je me contentai de deux ou trois livres commentésde la main de mon grand-père Bernard le ministre, et entre au-tres les Œuvres posthumes de Rohault, in-4°, dont les margesétoient pleines d’excellentes scholies, qui me firent aimer les ma-thématiques. Ce livre est resté parmi ceux de madame de Wa-rens; j’ai toujours été fâché de ne l’avoir pas gardé. A ces livres,je joignis cinq oü six mémoires manuscrits, et un seul imprimé,qui étoit du fameux Micheli Ducret, homme d’un grand talent,savant, éclairé, mais trop remuant, traité bien cruellement parles magistrats de Genève, et mort dernièrement dans la forte-resse d’Arberg, où il étoit enfermé depuis longues années, pouravoir, disoit-on, trempé dans la conspiration de Berne.