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Tome premier.
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214 LES CONFESSIONS.

Ce mémoire étoit une critique assez judicieuse de ce grand etridicule plan de fortification qu’on a exécuté en partie à Genève,à la grande risée des gens du métier, qui ne savent pas le but se-cret qu’avoit le conseil dans l’exécution de cette magnifique en-treprise. M. Micheli ayant été exclu de la chambre des fortifica-tions pour avoir blâmé ce plan, avoit cru, comme membre desdeux-cents, et même comme citoyen, pouvoir en dire son avisplus au long ; et c’étoit ce qu’il avoit fait par ce mémoire, qu’il eutl’imprudence de faire imprimer, mais non pas publier, car il n’enfit tirer que le nombre d’exemplaires qu’il envoyoit aux deux-cents, et qui forent tous interceptés à la poste, par ordre du petitconseil. Je trouvai ce mémoire parmi les papiers de mon oncle,avec la réponse qu’il avoit été chargé d’y faire , et j’emportai l’unet l’autre. J’avois fait ce voyage peu après ma sortie du cadastre,et j’étois demeuré en quelque liaison avec l’avocat Coccelli, qui enétoit le chef. Quelque temps après, le directeur de la douane s’a-visa de me prier de lui tenir un enfant, et me donna madameCoccelli pour commère. Les honneurs me tournoient la tète ; et.fier d’appartenir de si près à monsieur l’avocat, je tâchois de fairel’important pour me montrer digne de cette gloire.

Dans cette idée, je crus ne pouvoir rien faire de mieux que delui faire voir mon mémoire imprimé de M. Michelli, qui réelle-ment étoit une pièce rare, pour lui prouver que j’appartenois àdes notables de Genève qui savoient les secrets de l’état. Cepen-dant, par une demi-réserve dont j'aurois peine à rendre raison, jene lui montrai point la réponse de mon oncle à ce mémoire , peut-être parcequ’elle étoit manuscrite , et qu’il ne falloit à monsieurl’avocat que du moulé. Il sentit pourtant si bien le prix de l’é-crit que j’eus la bêtise de lui confier, que je ne pus jamais le ra-voir ni le revoir, et que, bien convaincu de' l’inutilité de mesefforts, je me fis un mérite de la chose et transformai ce vol enprésent. Je ne doute pas un moment qu’il n’ait bien fait valoir àla cour de Turin cette pièce, plus curieuse cependant qu’utile, etqu’il n’ait eu grand soin de se faire rembourser de manière oud'autre de l’argeut qu’il lui en avoit dû coûter pour l’acquérir.Heureusement, de tous les futurs contingents, un des moins pro-bables est qu’un jour le roi de Sardaigne assiégera Genève. Maiscomme il n’y a pas d’impossibilité à la chose, j’aurai toujours àreprocher à ma sotte vanité d’avoir montré les plus grands dé-fauts de cette place à son plus ancien ennemi.