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Tome premier.
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PABTIE I, LIYBE V. (1732-1736.) 215

«fe passai deux ou trois ans de cette façon entre la musique,les nnagistères, les projets , les voyages, flottant incessammentd’unie chose à l’autre, cherchant à me fixer sans savoir à quoi,mais entraîné pourtant par degrés vers l’étude, voyant des gensde lettres, entendant parler de littérature, me mêlant quelque-fois d’en parler moi-même, et prenant plutôt le jargon des livresque la connoissance de leur contenu. Dans mes voyages de Ge-nève j’allois de temps en temps voir en passant mon ancien bonami M. Simon , qui fomentoit beaucoup mon émulation nais-sante par des nouvelles toutes fraîches de la république des lettres,tirées de Baillet ou de Colomiés. Je voyois aussi beaucoup à Cham-béri un jacobin, professeur de physique, bon homme de moine,dont j’ai oublié le nom, et qui faisoit souvent de petites expé-riences qui m’amusoient extrêmement. Je voulus à son exemple (a)faire de l’encre de sympathie. Pour cet effet, après avoir rempliune bouteille plus qu’à demi de chaux vive, d’orpiment et d’eau,je la bouchai bien. L’effervescence commença presque à l'instanttrès violemment. Je courus à la bouteille pour la déboucher, maisje n’y fus pas à temps ; elle me sauta au visage comme unebombe. J’avalai de l’orpiment, de la chaux ; j’en faillis mourir.Je restai aveugle plus de six semaines ; et j’appris ainsi à ne pasme mêler de physique expérimentale sans en savoir les éléments.

Cette aventure m’arriva mal à propos pour ma santé, qui de-puis quelque temps s’altéroit sensiblement. Je ne sais d’où venoitqu’étant bien conformé par le coffre , et ne faisant d’excès d’au-cune espèce, je déclinois à vue d’œil. J’ai une assez bonne car-rure, la poitrine large, mes poumons doivent y jouer à l'aise ; ce-pendant j’avois la courte haleine, je me sentois oppressé, jesoupirois involontairement, j’avois des palpitations, je crachois dusang, la fièvre lente survint, et je n’en ai jamais été bien quitte.Comment peut-on tomber dans cet état à la fleur de l’àge, sansavoir aucun viscère vicié, sans avoir rien fait pour détruire sasanté ?

L’épée use le fourreau, dit-on quelquefois. Voilà mon histoire.Mes passions m’ont fait vivre, et mes passions m’ont tué. Quellespassions? dira-t-on. Des riens, les choses du monde les plus pué-riles , mais qui m’affectoient comme s’il se fût agi de la posses-sion d’Hélène ou du trône de l’univers. D’abord les femmes.

(«) Va n.. à son exemple, et aide des Récréations mathématiques d'O-

zane.m.