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Tome premier.
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2Î0 LES CONFESSIONS.

faubourg n’étoit pas proprement à la campague : entouré de mai-sons et d’autres jardins, il n’avoit point les attraits d'une retraitechampêtre. D’ailleurs, après la mort d’Anet, nous avions quitté cejardin pour raison d’économie, n’ayant plus à cœur d’y tenir desplantes, et d’autres vues nous faisant peu regretter ce réduit.

Profitant maintenant (a) du dégoût que je lui trouvai pour laville, je lui proposai de l’abandonner tout-à-fait, et de nous établirdans une solitude agréable, dans quelque petite maison assezéloignée pour dérouter les importuns. Elle l’eût fait, et ce partique son bon ange et le mien me suggéroient nous eût vraisembla-blement assuré des jours heureux et tranquilles jusqu’au momentoù la mort devoit nous séparer. Mais cet état n’étoit pas celui oùnous étions appelés. Maman devoit éprouver toutes les peines del’indigence et du mal-être, après avoir passé sa vie dans l’abon-dance, pour la lui faire quitter avec moins de regret; et moi, parun assemblage de maux de toute espèce, je devois être un jour unexemple à quiconque, inspiré du seul amour du bien public et dela justice, ose, fort de sa seule innocence, dire ouvertement lavérité aux hommes sans s’étayer par des cabales, sans s’être faitdes partis pour le protéger.

Une malheureuse crainte la retint. Elle n'osa quitter sa vilainemaison, de peur de fâcher le propriétaire. Ton projet de retraiteest charmant, me dit-elle, et fort de mon goût; mais dans cetteretraite il faut vivre. En quittant ma prison je risque de perdremon pain ; et quand nous n’en aurons plus dans les bois, il en fau-dra bien retourner chercher à la ville. Pour avoir moins besoind’y venir, ne la quittons pas tout-à-fait. Payons cette petite pen-sion au comte de Saint-Laurent, pour qu’il me laisse la mienne.Cherchons quelque réduit assez loin de la ville pour vivre en paix,et assez près pour y revenir toutes les fois qu’il sera nécessaire.Ainsi fut fait. Après avoir un peu cherché, nous nous fixâmes auxCharmettes, une terre de M. de Conzié, à la porte de Chambéri,mais retirée et solitaire comme si l’on étoit à cent lieues. Entredeux coteaux assez élevés est un petit vallon nord et sud, aufond duquel coule une rigole entre des cailloux et des arbres. Lelong de ce vallon, à mi-côte, sont quelques maisons éparses, fortagréables pour quiconque aime un asile un peu sauvage et retiré.Après avoir essayé deux ou trois de ces maisons, nous choisîmesenfin la plus jolie, appartenant à un gentilhomme qui étoit au ser-

(»' VlR. Profitant alors.