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Tome premier.
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PARTIE I, LIVRE VI. (1736.) 225

de mVoccuper de soins plus nobles, comme par anticipation surceux » que j’aurois bientôt à remplir, et quej’avois fort négligés.jusqu Va lors. J’avois souvent travesti la religion à ma mode, maisje n’auvois jamais été tout-à-fait sans religion. Il m’en coûta moinsde rev.ve nir à ce sujet, si triste pour tant de gens, mais si doux pourqui sVen fait un objet de consolation et d’espoir. Maman me fut,en ceûtte occasion, beaucoup plus utile que tous les théologiens neme lVauroient été.

Ellde, qui mettoit toute chose en système, n’avoit pas manquéd’y omettre aussi la religion ; et ce système étoit composé d’idéestrès ddisparates, les unes très saines, les autres très folles, de sen-timennts relatifs à son caractère, et de préjugés venus de son édu-catioim. En général, les croyants font Dieu comme ils sont eux-mêrmes ; les bons le font bon, les méchants le font méchant; lesdévolts, haineux et bilieux, ne voient que l’enfer, parcequ’ilsvoudtroient damner tout le monde; les âmes aimantes et doucesn’y etroient guère ; et l’un des étonnements dont je ne reviens pointest die voir le bon Fénelon en parler dans son Télémaque commes’il yf croyoit tout de bon : mais j’espère qu’il mentoit alors; carenfim, quelque véridique qu’on soit, il faut bien mentir quelque-fois (quand on est évêque. Maman ne mentoit pas avec moi; etcette; ame sans fiel, qui ne pouvoit imaginer un Dieu vindicalif ettoujours courroucé, ne voyoit que clémence et miséricorde où lesdévots ne voient que justice et punition. Elle disoit souvent qu’iln’y .auroit point de justice en Dieu d’être juste envers nous,parcoque, ne nous ayant pas donné ce qu’il faut pour l'être, ceseroiit redemander plus qu’il n’a donné. Ce qu’il y avoit de bizarreétoit que sans eroire à l’enfer elle ne laissoit pas de croire au pur-gatoire. Cela venoit de ce qu’elle ne savoit que faire des âmes desméchants, ne pouvaut ni les damner ni les mettre avec les bonsjusqu’à ce qu’ils le fussent devenus ; et il faut avouer qu’en effet,et dans ce monde et dans l’autre, les méehants sont toujours bienembarrassants.

Autre bizarrerie. On voit que toute la doctrine du péché origi-nel et de la rédemption est détruite par ce système, que la basedu christianisme vulgaire en est ébranlée, et que le catholicismeau moins ne peut subsister. Maman cependant étoit bonne ca-tholique, ou prétendoit l’être, et il est sûr qu’elle le prétendoitdetrès bonne foi. Il lui sembloit qu’on expliquoit trop littéralementet trop durement l’Écriture. Tout ce qu’on y lit des tourments