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Tome premier.
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LES COAEESSIOXS.

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n’en pouvois plus. Quand j’étois baissé, mes battements redou-blaient, et le sang me montait à la tête avec tant de force, qu'ilfalloit bien vite me redresser. Contraint de me borner à des soinsmoins fatigants, je pris entre autres celui du colombier, et je m’yaffectionnai si fort, que j’y passois souvent plusieurs heures desuite sans m’ennuyer un moment. Le pigeon est fort timide etdifficile à apprivoiser; cependant je vins à bout d’inspirer auxmiens tant de confiance, qu’ils me sui voient partout et se laissoientprendre quand je voûtais. Je ne pouvois paroître au jardin ni dansla cour sans en avoir à l’instant deux ou trois sur les bras, sur latète ; et enfin, malgré le plaisir que j’y prenois, ee cortège medevint si incommode, que je fus obligé de leur ôter cette fami-liarité. J’ai toujours pris un singulier plaisir à apprivoiser les ani-maux, surtout ceux qui sont craintifs et sauvages. Il me parois-soit charmant de leur inspirer une confiance que je n’ai jamaistrompée : je voûtais qu’ils m’aimassent en liberté.

J'ai dit que j’avois apporté des livres; j’en fis usage, mais d’unemanière moins propre à m’instruire qu’à m’accabler. La fausseidée que j’avcis des choses me persuadoit que, pour lire un livreavec fruit, il falloit avoir toutes les connoissances qu’il supposoit,bien éloigné de penser que souvent l’auteur ne tas avoit pas lui-même, et qu’il les puisoit dans d’autres livres à mesure qu’il enavoit besoin. Avec cette folle idée, j’étois arrêté à chaque instant,forcé de courir incessamment d’un livre à l’autre; et quelquefois,avant d’être à la dixième page de celui que je voûtais étudier, ilm’eût fallu épuiser des bibliothèques. Cependant je m’obstinaisi bien à cette extravagante méthode, que j’y perdis un temps in-fini, et faillis à me brouiller la tète au point de ne pouvoir plusni rien voir ni rien savoir. Heureusement je m’aperçus que j’en-filoisune fausseroute qui m'égaroit dans un labyrinthe immense,et j'en sortis avant d’y être tout-à-fait perdu.

Pour peu qu’on ait un vrai goût pour les sciences, la premièrechose qu’on sent en s’y livrant c'est leur liaison, qui fait qu’elless’attirent, s’aident, s'éclairent mutuellement, et que l'une ne peutse passer de l'autre. Quoique l’esprit humain ne puisse suffire àtoutes, et qu’il en faille toujours préférer une comme la princi-pale, si l’on n’a quelque notion des autres, dans la sienne mêmeon se trouve souvent dans l’obscurité. Je sentis que ce que j’avoisentrepris était bon et utile en lui-même, qu’il n’y avoit que laméthode à changer. Prenant d’abord Y Encyclopédie, j’allois la