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Tome premier.
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PARTIE I, LITRE VI. (1737-1741.) 241

rendiu compte en son lieu (*). Les rapports en étaient si frappants,qu’em y pensant j'en fus ému jusqu’aux larmes. Dans un trans-port d'attendrissement j’embrassai cette chère amie: Maman,mamian, lui dis-je avec passion, ce jour m’a été promis depuislong-temps, et je ne vois rien au-delà. Mon bonheur, grâce àvousi, est à son comble : puisse-t-il ne pas décliner désormais !puissse-t-il durer aussi long-temps que j’en conserverai le goût ! ilne flinira qu’avec moi.

Àiinsi coulèrent mes jours heureux , et d’autant plus heureuxque „ n’apercevant rien qui les dût troubler, je n’envisageois eneffet: leur fin qu’avec la mienne. Ce n’étoit pas que la source demes soucis fût absolument tarie; mais je lui voyois prendre unautrie cours que je dirigeois de mon mieux sur des objets utiles,afin qu’elle portât son remède avec elle. Maman aimoit naturel-lement la campagne, et ce goût ne s’attiédissoit pas avec moi.Peu à peu elle prit celui des soins champêtres ; elle aimoit à fairevaloiir les terres, et elle avoit sur cela des connoissances dont ellefaisoiit usage avec plaisir. Non contente de ce qui dépendoit de lamais.on qu’elle avoit prise, elle louoit tantôt un champ, tantôt uupré. Enfin, portant son humeur entreprenante sur des objets d’a-griculture, au lieu de rester oisive dans sa maison, elle prenoitle train de devenir bientôt une grosse fermière. Je n’aimois pastrop à la voir ainsi s’étendre, et je m’y opposois tant que je pou-vois , bien sûr qu’elle seroit toujours trompée, et que son humeurlibérale et prodigue porteroit toujours la dépense au-delà du pro-duit : toutefois je me consolois en pensant que ce produit dumoins ne seroit pas nul et lui aiderait à vivre. De toutes les en-treprises qu’elle pouvoit former, celle-là me paroissoit la moinsruineuse, et, sans y envisager comme elle un objet de profit,j’y envisageois une occupation continuelle, qui la garantirait desmauvaises affaires et des escrocs. Dans cette idée je désirais ar-demment de recouvrer autant de force et de santé qu’il m’en fal-loit pour veiller à ses affaires, pour être piqueur de ses ouvriersou son premier ouvrier ; et naturellement l’exercice que ce la mefaisoit faire, m’arrachant souvent à mes livres et me distrayantsur mon état, devoit le rendre meilleur.

(1737—1741.) L’hiver suivant, Barillot revenant d’Italie m’ap-porta quelques livres, entre autres le Bontempi et la Cartellapermusiea du P. Banchieri, qui me donnèrent du goût pour l’histoire

(*j Ci-devant, livre 111.

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