PARTIE I, LIVRE VI. ( 1 / 37 - 1741 .) 243
aussi remuant que moi. li est certain qu’il se mêloit à tout celabeaucoup de vapeurs. Les vapeurs sont les maladies des gens heu-reux , c’étoit la mienne : les pleurs que je versois souvent sansraisom de pleurer, les frayeurs vives au bruit d’une feuille ou d’unoiseaiu, l’inégalité d’humeur dans le calme de la plus douce vie,tout icela marquoit cet ennui du bien-être qui fait pour ainsi direextraivaguer la sensibilité. Nous sommes si peu faits pour être heu-reux ici-bas, qu’il faut nécessairement que l’ame ou le corpssouffire quand dis-ne souffrent pas- tous les deux, et que le'bon ■état de l’un fait presque*toujours tort à l’autre. Quand j’aurois-pujouir délicieusement dé la vie-, ma machine en décadence m’en*empè'ChoH , sans qu'on pût dire où* ta causedu mal avait son vraisiége„ Dans la suite, malgré le déclin des ans, et des maux trèsréels et très graves, mon corps semble avoir repris des forces pourmieux sentir mes malheurs ; et maintenant que j’écris ceci, hr-firme et presque sexagénaire* accabtéde douleurs de toute espèce*je met sens, pour souffrir, plusde vigueur et devieque je m'eu euspour jouir à la fleur de mon âge et dans le-sein du-plus vrai bon-heur;
Pour m’achever, ayant fait entrer un peu de physiologie 1 dansmes lectures, je m’étois mis à étudier l’anatomie; et passant enrevue, la- multitude et le jeu* des pièces qui composoient ma- ma-chine, jem’attendoisà sentir détraquer tout cela vingt fois le jouT :loin d’être étonné de me trouver mourant, je l’étois que je pusseencore vivre, et je ne lis ois pas la description d’une maladie quejene crosse être la mienne. Je suis sur que si je n’avois pas été ma-lade, je le serois devenu par cette fatale étude. Trouvant danschaque maladie des symptômes de la mienne*, je croyois les avoirtoutes; et j’en gagnai par-dessus une plus cruelle encore dont jem’étois cru délivré, la fantaisie de guérir : c’en est une difficileà éviter quand on se met à lire des livres de médecine. A force dechercher, de réfléchir, de comparer, j’allai m’imaginer que labase de mon mal étoit un polype au cœur; et Salomon lui-mèmeparut frappé de cette idée. Raisonnablement je devois partir decette opinion pour me confirmer dans ma résolution précédente.Je ne fis point ainsi. Je tendis tous les ressorts de mon esprit pourchercher comment on pouvoit guérir d’un polype au cœur* résolud’entreprendre cette merveilleuse cure. Dans un voyage qu’Anetavoit fait à Môntpeltier pour aller voir le jardin des plantes et ledémonstrateur, M. Sauvages, on lui avoit dit que M. Fizes avoit