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Tome premier.
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PABTIB I, LIVBE VI. (1737-1741). 245

tion près des dames, il me rendit toutefois intéressant pour celles-ei. Le matin elles envovoient savoir de mes nouvelles et m’inviterà prendre le chocolat avec elles; elles s'informoient comment j’a-vois passé la nuit. Une fois, selon ma louable coutume de parlersans penser, je répondis que je ne savois pas. Cette réponse leurfit croire que j’étois fou : elles m’examinèrent davantage, et cetexamen ne me nuisit pas. J’entendis une fois madame du Co-lombier dire à son amie : Il manque de monde, mais il est ai-mable. Ce mot me rassura beaucoup , et fit que je le devins eneffet.

En se familiarisant il falloit parler de soi, dire d’où l’on venoit,qui l’on étoit. Cela m’embarrassoit ; car je sentois très bien queparmi 1 1 bonne compagnie, et avec des femmes galantes, ce motde nouveau converti m’alloit tuer. Je ne sais par quelle bizarrerieje m’avisai de passer pour Anglois ; je me donnai pour jacobite,on me prit pour tel ; je m’appelai Dudding, et l’on m’appelaM. Dudding. Un maudit marquis de Torignan qui étoit là, ma-lade ainsi que moi, vieux au par-dessus et d’assez mauvaise hu-meur, s’avisa de lier conversation avec M. Dudding. Il me parladu roi Jacques , du prétendant, de l’ancienne cour de Saint-Ger-main. J’étois sur les épines : je ne savois de tout cela que le peuque j’en avois lu dans le comte Hamilton et dans les gazettes ;cependant je fis de ce peu si bon usage, que je me tirai d’affaire :heureux qu’on ne se fût pas avisé de me questionner sur la langueangloise, dont je ne savois pas un seul mot !

Toute la compagnie se convenoit, et voyoit à regrette momentde se quitter. Nous faisions des journées de limaçon. Nous noustrouvâmes un dimanche à Saint-Marcellin. Madame de Lamagevoulut aller à la messe, j’y fus avec elle : cela faillit à gâter mesaffaires. Je me comportai comme j’ai toujours fait. Sur ma con-tenance modeste et recueillie elle me crut dévot, et prit de moila plus mauvaise opinion du monde, comme elle me l’avoua deuxjours après. Il me fallut ensuite beaucoup de galanterie pour ef-facer cette mauvaise impression ; ou plutôt madame de Larnage,en femme d’expérience et qui ne se rebutoit pas aisément, vou-lut bien courir les risques de ses avances pour voir comment jem’en tirerois. Elle m’en fit beaucoup, et de telles, que, bienéloigné de présumer de ma figure, je crus qu’elle se moquoit demoi. Sur cette folie il n’y eut sorte de bêtise que je ne fisse ; c’é-toit pis que le marquis du Legs. Madame de Larnage tint bon,