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Tome premier.
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LES CONFESSIONS.

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me fit tant d’agaceries et me .dit des choses si tendres, .qu’unhomme beaucoup mains sot eût eu bien de la peine à prendre toutcela sérieusement. Plus elle en faisait, plus elle me conflrmoitdans mon idée; et ce qui me tourmentait .davantage étoit qu’àbon compte je me prenois d’amour tout de ban- Je me .disois, etje lui disois en soupirant : Ah ! que tout cela m’est-il vrai ! je se-rais le plus heureux des hommes. Je crois que ma simplicité denovice ne fit qu’irriter sa fantaisie ; elle n’en voulut pas avoir ledémenti.

Nous avions laissé à Romans madame du Colombier et sa suite.Nous continuions notre route le plus lentement et le plus agréa-blement du monde, madamedeLBrnage, le marquis de Torignan,et moi. Le marquis, quoique malade et grondeur, étoit un assezbon homme, mais qui n’aimoit pas trop à manger son pain à lafumée du rôti. Madame de Larnage cachoitsi peu le goût qu’elleavoit pour moi, qu’il s’en aperçut plus tôt que moi-même; et sessarcasmes malins.auraient dû me donner au moins la confianceque je n’osois prendre aux bontés delà dame, si, par un traversd’esprit dont moi seul étois capablé , je ne, m’étais imaginé qu’ilss’entendoient pour me persifler. Cette sotte idée acheva de merenverser la tête, et me fit faire le plus plat personnage dans unesituation où mon cœur, étant réellement pris, m’en pouvoit dicterun assez brillant. Je ne conçois pas comment madame de Larnagene se rebuta pas de ma maussaderie, et ne me congédia pas avecle dernier mépris. Mais éétoit une femme d’esprit quisavoit dis-cerner «on monde , et qui voyoit hien qu’il y avoit plus de bêtiseque de.tiédeur dans mes procédés.

Elle.parvint enfin à se faire entendre, et ce ne .fut pas sanspeine. A Valence , nous étions arrivés pour dîner, et,, selon notrelouab’e coutume , nous y passâmes le reste du jour. Nous étionslogés hors de la ville à Saint-Jacques ; je me souviendrai toujoursde cette auberge, ainsi que de la chambre que madame de Larnagey oecupoit. Après le dîner elle voulut se promener : elle savoitque le marquis n'étoit pas allant; c’étoit le moyen de se ménagerun tête-à-tête dont elle avoit bien résolu de tirer parti, car il n’yavoit plus de temps à perdre pour en avoir à mettre à profit. Nousnous promenions autour de la ville le loug des fossés. Là je reprisla longue histoire de mes complaintes, auxquelles elle répondoitd'un ton si tendre , me pressant quelquefois contre son cœur lebras qu’elle tenoit, qu’il falloit une stupidité pareille à la mienne