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Tome premier.
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PARTIE I, 1IVRE U. (1737-1741.) 251

bcas.de tant de milliers d’hommes dans un lieu où il n’en habiteaucun. Je parcourus les trois étages de ce superbe édifice,que le respect m’empêchoit presque d’oser fouler sous -mespieds. Le retentissement de mes pas sous ces immenses voûtes mefaisoit croire entendre la forte voix de ceux qui les avoient bâties.Je me perdais comme un insecte dans cette immensité. Je sentois,tout en me faisant petit, je ne sais quoi qui m’élevoit famé; et jeme disois en soupirant : Que ne suis-je né Romain! Je restai làplusieurs, heures dans une contemplation ravissante. Je,m’en re-vins distrait et rêveur, et cette rêverie ne fut pas favorable à ma-dame,de Larnage. Elle avoit bien songé.à me prémunir contreles filles de Montpellier, mais.non.pas contre le pont du Gard. Onnes’avisejamais de tout.

A Nîmes j’allai voir les Arènes : c’est un ouvrage beaucoupplus .magnifique que le pont du Gard, et qui me fit beaucoupmoins d’impression, soit que mon admiration se fût épuisée surle,premier objet, soit que la situation de l'autre au milieu d’uneville fût moins propre à l’exciter. Ce vaste et superbe cirque estentouré,de vilaines petites maisons, et d’autres maisons plus pe-tites et plus vilaines encore en remplissent l’arène, de sorte quele tout ne produit qu’un effet disparate et confus, où le regret et^indignation étouffent le plaisir et la surprise. J’ai vu depuis lecirque de Vérone, infiniment plus petit et moins beau que celuide Nîmes, mais entretenu et conservé avec toute la décence etla.propreté possible, et qui par cela même me fit une impressionplus forte et plus agréable. Les François n’ont soin de rien et nerespectent aucun monument. Ils sont tout feu pour entreprendre,et ne savent rien finir ni rien entretenir (*).

J’étois changé à tel point, et ma sensualité mise en exercices’étoit si bien éveillée, que je m’arrêtai un jour au pont de Lunelpour y faire bonne chère avec de la compagnie qui s’y trouva. Cecabaret, le plus estimé de l'Europe , méritoit alors de l’être. Ceuxquile tenoient avoient su tirer parti de son heureuse situation pourle tenir abondamment approvisionné et avec choix. C’étoit réelle-ment:une chose curieuse de trouver, dans une maison seule et iso-lée au milieu de la campagne, une table fournie en poisson demer et d’eau douce, en gibier excellent, en vins fins, servie avec

(* Nous avons cessé de mériter, au nions pour le cirque üe Mmes, le reproche queRousseau nous fait ici. Vers l’année 1810. un acte du gouverncnrnr ordonna la démo-lition de toutes ces vilaines et petites maisons qui déshonoroient ce beau monument.