PARTIE I, LIVRE VI. ( 1737 - 1741 .) 235
de 'sagesse et de vertu que je m’étois faites et que je m’étoissenti si fier de suivre, la honte d’être si peu conséquent à moi-même, de démentir si tôt et si haut mes propres maximes, l’em-porta sur la volupté. L’orgueil eut peut-être autant de part à marésolution que la vertu ; mais si cet orgueil n’est pas la vertumême , il a des effets si semblables qu’il est pardonnable de s’ytromper.
L’un des avantages des bonnes actions est d’élever l’ame et dela disposer à en faire de meilleures : car telle est la foiblesse hu-maine , qu’on doit mettre au nombre des bonnes actions l’absti-nence du mal qu’on est tenté de commettre. Sitôt que j’eus prisma résolution, je devins un autre homme, ou plutôt je redevinscelui que j’étois auparavant, et que ce moment d’ivresse avoit faitdisparoître. Plein de bons sentiments et de bonnes résolutions, je’continuai ma route dans la bonne intention (a) d’expier ma faute,ne pensant qu’à régler désormais ma conduite sur les lois de lavertu, à me consacrer sans réserve au service de la meilleure desmères, à.lui vouer autant de fidélité que j’avois d’attachementpour elle, et à n’écouter plus d’autre amour que celui de mes de-voirs. Hélas! la sincérité de mon retour au bien sembloit me pro-mettre une autre destinée : mais la mienne étoit écrite et déjà com-mencée ; et quand mon cœur, plein d’amour pour les chosesbonneset honnêtes, ne voyoit plus qu’innocence et bonheur dans la vie,je touchois au moment funeste qui devoit traîner à sa suite la' longue chaîne de mes malheurs.
L’empressement d’arriver me fit faire plus de diligence que jen’avois compté. Je lui avois annoncé de Valence le jour et l’heurede mon arrivée. Ayant gagné une demi-journée sur mon calcul,je restai autant de temps à Chaparillan, afin d’arriver juste au mo-ment que j’avois marqué. Je voulois goûter dans tout son charmej le plaisir de la revoir. J’aimois mieux le différer un peu, pour yi joindre celui d’être attendu. Cette précaution m’avoit toujoursl réussi. J’avois vu toujours marquer mon arrivée par une espèce\ de petite fête : je n’en attendois pas moins cette fois ; et ces em-pressements, qui m’étoient si sensibles, valoient bien la peined’être ménagés.
J’arrivai donc exactement à l’heure. De tout loin je regardoissi je ne la verrois point sur le chemin ; leeœurmebattoit déplus
.«) Via, dans la ferme intention.