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Tome premier.
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256 tF.S CONFESSIONS,

en plus à mesure que j’approehois. J ’arrive essoufflé, car j'avoisquitté ma voiture en ville : je ne vois personne dans la cour, surla porte, à la fenêtre : je commence à me troubler, je redoute quel-que accident. J’entre ; tout est tranquille; des ouvriers goûtoientdans la cuisine ; du reste, aucun apprêt. La servante parut sur-prise de me voir ; elle ignoroit que je dusse arriver. Je monte, jela vois enfin cette chère maman, si tendrement, si vivement, sipurement aimée ; j’aceours, je m'élance à ses pieds. Ali! te voilà,petit, me dit-elle en m'embrassant ; as-tu fait bon voyage ? comment te portes tu ? Cet accueil m’interdit un peu. Je lui demandaisi elle n’avoit pas reçu ma lettre. Elle me dit que oui. J'auroiscru que non, lui dis-je; et l’éclaircissement finit là. Un jeunehomme étoit avec elle. Je le connoissois pour l’avoir vu déjà dansla maison avant mon départ ; mais cette fois il y paroissoit établi,il l’étoit. Bref, je trouvai ma place prise.

Ce jeune homme étoit du pays de Vaud ; son père, appelé Vint-zenriel, étoit concierge ou soi-disant capitaine du château deChiilon. Le fils de M. le capitaine étoit garçon perruquier, etcouroit le monde en cette qualité quand il vint se présenter à ma-dame de Warens, qui le reçut bien, comme elle faisoit tous lespassants, et surtout ceux de son pays. C’étoit un grand fadeblon-din, assez bien fait, le visage plat, l’esprit de même, parlantcomme le beau Liandre; mêlant tous les tons, tous les goûts deson état avec la longue histoire de ses bonnes fortunes; ne nom-mant que la moitié des marquises avec lesquelles il avoit couché,et prétendant n'avoir point coiffé de jolies femmes dont il n’eûtaussi coiffé les maris ; vain, sot, ignorant, insolent ; au demeurantle meilleur fils du monde. Tel fut le substilut qui me fut donnédurant mon absence, et l’associé qui me fut offert après mon re-tour.

Oh ! si les âmes dégagées de leurs terrestres entraves voientencore du sein de l’éternelle lumière ce qui se passe chez les mor-tels, pardonnez, ombre chère et respectable, si je ne faispasplusde grâce à vos fautes qu’aux miennes, si je dévoile également lesunes et les autres aux yeux des lecteurs. Je dois, je veux être vraipour vous comme pour moi- même : vous y perdrez toujours beau-coup moins que moi. Eh ! combien votre aimable et doux carac-tère, votre inépuisable bonté de cœur, votre franchise et toutesvos excellentes vertus ne rachètent-elles pas de foiblesses, si l’onpeut appeler ainsi les torts de votre seule raison 1 Tous eûtes des