258 LES CONFESSIONS,
ritable cause si elle,ne me l'eût dite elle-même; mais elle se-pressa de me faire cet aveu avec une franchise capable d’ajouter■à ma rage, si-mon cœur eût pu se tourner de ce côté-là; trou-vant quant à elle la .chose toute simple, me reprochant ma négli-gence dans la maison, et m’alléguant mes fréquentes absences,comme si elle, eût été. d’an tempérament, fort pressé d’en remplirles vides..Ah ! .maman, lui dis-je, le cœur serré.de douleur, qu’o-sez-vous m’apprendre! quel prix.d’un attachement pareil aumien! Ne m’avez-vaus tant de fois conservé la vie que pour■ m’ôter toutcequi me la rendoit chère? J’en mourrai, mais vous«*e.regretterez» Elleme répondit, d’un ton tranquille à me rendrefou,-.que j'étois un enfant,, qu’on ne. mourait point de ces choses-là; que je ne perdrois.i'ien ; que nous n’en serions pas moins bons•amis* pas mains intimes dans tous les sens ; que.son tendre, atta-chement, pour moi ne pouvoit ni diminuer ni,finir, qu’avec elle.Ellezne fit entendre, en un mot, que tous mesidroits.demeu-roient les mêmes, et qu’en les partageant av.ecun autre je .n’enétois-pas privé.pour.cela.
damais .la pureté , la vérité, la force de mes sentiments pourelle,-jamais la sincérité, l’honnêteté de mon âme ne se firentmieux sentir à moi. que dans ce moment. Je me précipitai à.sespieds, j’embrassai ses genoux en versant des torrents de larmes.Non, maman, lui di&je avec transport, je vous aime trop pourvous avilir ; votre possession m’est trop chère pour la partager ;les regrets qui l’accompagnèrent quand je l’acquis se sont accrusavec mon amour; non, je ne ia puis conserver au même prix. Vousaurez toujours mes adorations, soyez-en toujours digne; il m’estplus nécessaire encore de vous honorer que de vous posséder.C’est à vous, ô,maman , que je vous cède ; c’est à l’union de noscœurs que je sacrifie tous mes plaisirs. Puissé-je périr mille foisavant d’en goûter qui dégradent ce que j’aime !
Je tins cette résolution avec une constance digne, j’ose Ie.dire,du sentiment qui me l’a voit fait former. Dès ce moment je ne visplus cette maman si chérie que des yeux d’un véritable fils ; et ilest à noter que, bien que ma résolution n’eût point son approba-tion secrète, comme je m’en suis trop aperçu, elle n’emplovaja-mais pour m’y faire renoncer ni propos insinuants, ni caresses,ni aucune de ces adroites agaceries dont les femmes savent usersans se commettre , et qui manquent rarement de leur réussir.Réduit à me chercher uu sort indépendant d’elle, et n’en pou-