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Tome premier.
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PARTIE I, LIVRE VI. (1737-1741.) 2ÔU

vaut même imaginer, je passai bientôt à l’autre extrémité, etle cherchai tout en elle. Je l’y cherchai si parfaitement, que jeparvins presque à m’oublier moi-même. L’ardent tlesir de la voirheureuse, à quelque prix que ce fût, absorboit toutes mes affec-tions : elle, avoit beau séparer son bonheur du mien, je le voyoismien, en dépit d’elle.

Ainsi commencèrent à germer avec mes malheurs les vertusdont la semence étoitau fond de mon ame, que l’étude avoit cul-tivées, et qui n'attendaient pour-éclore que le ferment de l’ad-versité. Le premier fruit de eette disposition si désintéressée futd’écarter de mon cœur tout sentiment de-haine et d’envie contrecelui qui.,m-’avoit supplanté : je voulus au contraire, et je voulussincèrement, m’attacher à ce jeune homme, le former, travaillerà son éducation, lui faire sentir son bonheur, l'en rendre digue,s’il était possible, et.faire en un-mot pour lui tout ce qu’Anetavoit fait pour-moi dans une occasion pareille: Mais ia parité man-quât entre les personnes. Avec plus de douceur et de lumièresje n’avois-pas le sang-froid et la fermeté d’Anet, ni cette forcede caractère qui en iœposoit, et dont j’aurois eu besoin pourréussir. Je trouvai encore moins dans le jeune homme les qualitésqu’Aoet avoit trouvées en moi; la docilité, l’attachement, la re-cormoissance, surtout le sentiment-du besoin que j’avois de sessoinset l’ardent désir de les rendre utiles. Tout cela manquoit ici.Celui que je voulais former ne voyoit en moi qu’un pédant impor-tun qui n’avoit que du babil. Au contraire, il s’admiroit lui-mêmecomme un homme important dans la maison, et, mesurant lesservices qu’il y croyait rendre sur lebruit qu’il y faisoit, il regar-doit ses haches et ses pioches comme infiniment plus utiles quetous mes bouquins. A quelque égard il n’avoit pas tort, mais ilpartait de là pour se donner des airs à faire mourir de rire. I!t rail choit aveeles paysans du gentilhomme campagnard ; bientôtil en fit autant, avec moi, et enfin avec maman elle-même. Sonnom de Vintzenried ne lui paroissant pas assez noble, il le quittapour celui de monsieur de Courtilies; et c’est sous ce derniernom qu’il a été connu depuis à Chambéri, et en Maurienne où ils'est marié.

Enfin tant fit l’illustre personnage qu’il fut tout dans la maison,et moi rien. Comme, lorsque j’avois ie malheur de lui déplaire,c'était maman et non pas moi qu’il grondoit, la crainte de l’ex-poser à ses brutalités me rendoit dccile à tout ce qu’il desiroit ;