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Tome premier.
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PABTIE I, LIVBE VI. ( 1737-1741.) 263

sas oir bien coller le vin , je m'en vantai : on me confia celui-là ;je Le collai et le gâtai, mais aux yeux seulement ; il resta toujoursagréable à boire, et l’occasion fit que je m’en accommodai de tempsen temps de'quelques bouteilles pour boireà mon aise en mon petitparticulier. Malheureusement je n’ai jamais pu boire sans manger.Comment faire pour avoir du pain? Il m’étoit impossible d'enmettre en réserve. En faire acheter par les laquais , c'étoit medéceler, et presque insulter le maitre de, la maison. En achetermoi-même, je n’osai jamais. Un beau monsieur, l’épée au côté,aller chez un boulanger acheter un morceau de pain, cela se pou-voit-il? Enfin je me rappelai le pis aller d'une grande princesse àqui l’on disoit que les paysans n’avoient pas de pain , et qui ré-pondit: Qu’ils mangent de la brioche (a). Encore que de façonspour en venir là ! Sorti seul à ce dessein, je parcourais quelque-fois toute la ville et passois devant trente pâtissiers avant d’en-trer chezaucun. ll.falloit qu’il n’y eût qu’une seule personne dansla boutique, et que sa physionomie m’attirât beaucoup, pour quej’osasse franchir le pas. Mais aussi quand j’avois une fois machère petite brioche, et que, bien enfermé dans ma chambre, j'ailois trouver ma bouteille au fond d’une armoire, quelles bonnespetites buvettes je faisois là tout seul, en lisant quelques pagesde roman ! car lire en mangeant fut toujours ma fantaisie au dé-faut d’un tête-à-tête : c’est le supplément de la société qui memanque. Je dévore alternativement une page et un morceau :clest eomme si mon livre dinoit avec moi.

Je n’ai jamais été dissolu ni crapuleux, et ne me suis enivré dema vie. Ainsi mes petits vols n’étoient pas fort indiscrets : cepen-dant ils se découvrirent ; les bouteilles me décelèrent. On nem’en fit pas semblant, mais je n’eus plus la direction de la cave.En tout cela M. de Mably se conduisit honnêtement et prudem-meut. C’étoit un très galant homme, qui, sous un air aussi durque son emploi, avoit une véritable douceur de caractère et unerare boutéde cœur. Il étoitjudicieux, équitable, et, ce qu’on n’at-tendrait pas d’un officier de maréchaussée , même très humain.En sentant son indulgence, je lui en devins plus attaché, et celame fit prolonger mon séjour dans sa maison plus que je n’auroisfait sans cela. Mais enfin, dégoûté d’un métier auquel je n’étoispas propre et d’une situation très gênante qui n’avoit rien d’a-gréable pour moi, après un an d’essai, durant lequel jen’épar-

(») Vab..,,., de la brioche. J'achetai de la brioche, Encore .....