LES CONFESSIONS.
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a tracer des lignes et portées lorsqu’il falloit noter le moindre pe-tit air. J’avois été arrêté par les difficultés des octaves et par cellede la mesure et des valeurs. Cette ancienne idée me revint dansl’esprit, et je vis, en y repensant, que ces difficultés n’étoient pasinsurmontables. J’y rêvai avec succès, et je parvins à noter quel-que musique que ce fût par mes chiffres avec la plus grande exac-titude, et je puis dire avec la plus grande simplicité. Dès ce mo-ment je crus ma fortune faite; et, dans l’ardeur de la partageravec celle à qui je devois tout, je ne songeai qu’à partir pour Pa-ris, ne doutant pas qu’en présentant mon projet à l’Académie jene fisse une révolution. J’avois rapporté de Lyon quelque argent ;je vendis mes livres. En quinze jours ma résolution fut prise etexécutée. Enfin, plein des idées magnifiques qui me l’avoient in-spirée, et toujours le même dans tous les temps, je partis de Savoieavec mon système de musique, comme autrefois j’étois parti deTurin avec ma fontaine de héron.
Telles ont été les erreurs et les fautes de ma jeunesse. J’en ainarré l’histoire avec une fidélité dont mon cœur est content. Sidansla suite j’honorai mon âge mur de quelques vertus, je les au-rois dites avec lamême franchise, et c’étoit mon dessein ; mais ilfaut m’arrêter ici. Le temps peut lever bien des voiles. Si mamémoire parvient à la postérité, peut-être un jour elle apprendrace que j’avois à dire. Alors on saura pourquoi je me tais.
SECONDE PARTIE.
LIVRE VII.
1741 .
Après deux ans de silence et de patience, malgré mes résolu-tions, je reprends la plume. Lecteur, suspendez votre jugementsur les raisons qui m’y forcent : vous n’en pouvez juger qu’aprèsm’avoir lu.
On a vu s’écouler ma paisible jeunesse dans une vie égale, assezdouce, sans de grandes traverses ni de grandes prospérités. Cettemédiocrité fut en grande partie l’ouvrage de mon naturel ardent,mais foible, moins prompt encore à entreprendre que facile à dé-courager, sortant du repos par secousses, mais y rentrant par