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Tome premier.
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272 LES CONFESSIONS,

défavorable, autant à celui-ci je le vis par son côté brillant ; nonpas toutefois quant à mon logement ; car, sur une adresse quem’avoit donnée M. Bordes, j'allai loger à l’hôtel Saint-Quentin,rue des Cordiers, proche la Sorbonne, vilaine rue, vilain hôtel,vilaine chambre, mais où cependant avoient logé des hommes demérite, tels que Gresset, Bordes, les abbés de Mably, de Con-dillac, et plusieurs autres, dont malheureusement je n’y trouvaiplus aucun; mais j’y trouvai un M. de Bonnefond, hobereauboiteux, plaideur, faisant le puriste, auquel je dus la connois-sance de M. Roguin, maintenant le doyen de mes amis, et parlui celle du philosophe Diderot, dont j’aurai beaucoup à parlerdans la suite.

J'arrivai à Paris dans l’automne de 1741 , avec quinze louisd’argent comptant, ma comédie de Narcisse et mon projet demusique pour toute ressource, et ayant par conséquent peu detemps à perdre pour tâcher d’en tirer parti. Je me pressai defaire valoir mes recommaudations. Un jeune homme qui arriveà Paris avec une figure passable, et qui s’annonce par des talents,est toujours sûr d’être accueilli. Je le fus; cela me procura desagréments sans me mener à grand’chose. De toutes les personnesà qui je fus recommandé, trois seules me furent utiles : M. Da-mesin, gentilhomme savoyard , alors écuyer, et, je crois, favoride madame la princesse de Carignan ; M. de Boze, secrétaire del’Académie des Inscriptions, et garde des médailles du Cabinetdu Boi, et le P. Castel, jésuite, auteur du clavecin oculaire.Toutes ces recommandations, excepté celle de M. Damesin, mevenoientde l’abbé de Mably.

M. Damesin pourvut au plus pressé par fieux connoissancesqu’il me procura : l’une de M. de Gasc, président à mortier auparlement de Bordeaux, et qui jouoit très bien du violon ; l’au-tre, de M. l’abbé de Léon, qui logeoit alors en Sorbonne , jeuneseigneur très aimable, qui mourut à la fleur de son âge, aprèsavoir brillé quelques instants dans le monde sous le nom de che-valier de Rohan. L’un et l’autre eurent la fantaisie d'apprendrela composition. Je leur en donnai quelques mois de leçons quisoutinrent un peu ma bourse tarissante. L’abbé de Léon me priten amitié, et vouloit m’avoir pour son secrétaire ; mais il n’étoitpas riche, et ne put m’offrir en tout que huit cents francs que jerefusai bien à regret, mais qui ne pouvoient me suffire pour moalogement, ma nourriture et mon entretien.