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Tome premier.
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302
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LES CONFESSIONS.

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Je voulus avoir ce morceau : je l'eus, et je l’ai gardé long-temps ; mais il n’étoit pas sur mon papier comme dans ma mé-moire. C’étoit bien la même note, mais ce n’étoit pas la mêmechose. Jamais cet air divin ne peut être exécuté que dans ma tête,comme il le fut en effet le jour qu’il me réveilla.

Une musique à mon gré bien supérieure à celle des opéra, etqui n’a pas sa semblable en Italie ni dans le reste du monde,est celle des souole. Les scuole sont des maisons de charité éta-blies pour donner l’éducation à de jeunes filles sans bien , et quela république dote ensuite, soit pour le mariage , soit pour lecloître. Parmi les talents qu’on cultive dans ces jeunes filles, lamusique est au premier rang. Tous les dimanches à l’église dechacune de ces quatre scuole, on a durant les vêpres des motetsà grand chœur et en grand orchestre , composés et dirigés par lesplus grands maîtres de l’Italie, exécutés dans des tribunes gril-lées, uniquement par des filles dont la plus vieille n’a pas vingtans. Je n’ai l’idée de rien d’aussi voluptueux, d’aussi touchantque cette musique : les richesses de l’art, le goût exquis deschants, la beauté des voix, la justesse de l’exécution, tout dansces délicieux concerts concourt à produire une impression qui n,’estassurément pas du bon costume, mais dont je doute qu’aucuncœur d’homme soit à l’abri. Jamais Carrio ni moi ne manquionsces vêpres aux Mendicanti, et nous n’étions pas les seuls. L’égliseétoit toujours pleine d’amateurs ; les acteurs même de l’Opéravenoient se former au vrai goût du chant sur ces excellents mo-dèles. Ce qui me désoloit étoit ces maudites grilles, qui ne lais-soient passer que des sons, et me caclioient les anges de beautédont ils étoient dignes. Je ne parlois d’autre chose. Un jour quej’en parlois chez M. Le Blond : Si vous êtes si curieux, me dit-il, de voir ces petites filles, il est aisé de vous contenter. Je suisun des administrateurs de la maison ; je veux vous y donner àgoûter avec elles. Je ne le laissai pas en repos qu’il ne m’eût tenuparole. En entrant dans le salon qui renfermoit ces beautés siconvoitées, je sentis un frémissement d’amour que je n’avois ja-mais éprouvé. M. Le Blond me présenta l’une après l’autre ceschanteuses célèbres dont la voix et le nom étoient tout ce quim’étoit connu. Venez,' Sophie... Elle étoit horrible. Venez,Cattina... Elle étoit borgne. Venez, Bettina... La petite vérolel’avoit défigurée. Presque pas une n’étoit sans quelque notabledéfaut. Le bourréau rioit de ma cruelle surprise. Deux ou trois