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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE VII. (1743-1744. SO»

et, dans son humeur folâtre, dit et fit des choses à me faire mou-rir d’amour : mais gardant un fonds d’inquiétude que je ne puslui cacher, je la vis enfin rougir, se rajuster, se redresser, et, sansdire un seul mot, s’aller mettre à sa fenêtre. Je voulus m’y mettreà côté d’elle; elle s’en ôta, fut s’asseoir sur un lit de repos, seleva le moment d’après ; et, se promenant par la chambre en s’é-vantant, me dit d’un ton froid et dédaigneux : Zanetto, lasciale donne, e studio, la maiemaiica.

Avant de la quitter, je lui demandai pour le lendemain un autrerendez-vous, qu’elle remit au troisième jour, en ajoutant, avecun sourire ironique, que je devois avoir besoin de repos. Je passaice temps mat à mon aise, le cœur plein de ses charmes et de sesgrâces, sentant mon extravagance, me la reprochant, regrettantles moments si mal employés, qu’il n’avoit tenu qu’à moi de ren-dre les plus doux de ma vie, attendant avec la plus vive impa-tience celui d’en réparer la perte, et néanmoins inquiet encore,malgré que j'en eusse, de concilier les perfections de cette ado-rable fille avec l’indignité de son état. Je courus, je volai chezelle à l’heure dite. Je ne sais si son tempérament ardent eût étéplus content de cette visite ; son orgueil l’eût été du moins, et jeme faisois d’avance une jouissance délicieuse de lui montrer detoutes manières comment je savois réparer mes torts. Elle m’épar-gna cette épreuve. Le gondolier qu’en abordant j’envoyai chez elleme rapporta qu’elle étoit partie la veille pour Florence. Si je n’a-vois pas senti tout mon amour en la possédant, je le sentis biencruellement en la perdant. Mon regret insensé ne m’a pointquitté. Tout aimable, toute charmante qu’elle étoit à mes yeux, jepouvois me consoler de la perdre ; mais de quoi je n’ai pu meconsoler, je l’avoue, c’est qu’elle n’ait emporté de moi qu’un sou-venir méprisant.

Voilà mes deux histoires. Les dix-huit mois que j’ai passés àVenise ne m’ont fourni de plus à dire qu’un simple projet tout auplus. Carrio étoit galant : ennuyé de n’aller toujours que chez desfilles engagées à d’autres, il eut la fantaisie d’en avoir une à sontour; et comme nous étions inséparables, il me proposa l’arran-gement, peu rare à Venise, d’en avoir une à nous deux. J’y con-sentis. Il s’agissoit de la trouver sûre. Il chercha tant, qu’il déterraune petite fille de onze à douze ans, que son indigne mère cher-choit à vendre. Nous fûmes la voir ensemble. Mes entrailles s’é-murent en voyant cette enfant : elle étoit blonde et douce comme